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basch_1.jpgNé le 18 août 1863 à Pest, en Hongrie, Victor Basch arrive en France avec ses parents vers 1866, et est naturalisé en 1887.

« Homme d’action, intellectuel engagé dans son siècle, militant, il a consacré sa vie à la défense du droit et de la justice. Germaniste de renom, spécialiste d’esthétique et de philosophie allemande, cet universitaire kantien fait ses premières armes de militant à Rennes, en 1899, comme dreyfusard de choc. L’Affaire lui inspire un système de valeurs et un modèle d’engagement initié par le socialisme jaurésien. Ce modèle universaliste et humaniste, Basch tentera, sa vie durant, de l’appliquer aux réalités tant françaises qu’internationales ».1

Il est élu 4e président de la Ligue des droits de l’Homme en 1926, fonction qu’il conservera jusqu’à son assassinat le 10 janvier 1944.

« Toutes les fois qu’on a voulu faire quelque chose de grand, on nous a traités d’utopistes ou de poètes. Soyons des poètes mais des poêtes sachant modeler et sculpter la vie » Victor Basch - Congrès LDH juin 1918

« Le front unique des démocraties contre les dictatures, la mise au ban des bourreaux qui déshonorent le monde voilà ce que, à mon sens, doivent réclamer les hommes qui ne peuvent pas, qui ne veulent pas se résigner à l'assassinat de la liberté » Victor Basch - Les cahiers des droits de l’Homme - 10 avril 1933

 

Ces 14 juillet là…

basch_3.JPGL’affaire Dreyfus marque le début de l’engagement politique de Victor Basch. En pleine bataille pour la révision du procès, il organise « à Rennes un mémorable banquet républicain le 14 juillet 1889. Il appelle, dans son discours, à la lutte nécessaire contre les nouvelles Bastilles : « La Bastille militaire, la Bastille judiciaire, la Bastille universitaire ». Il termine son allocution par cet appel humaniste révolutionnaire : « Je bois à tous les destructeurs de Bastille, je bois à une humanité plus belle, plus juste, plus libre, plus fraternelle ».2

Mais au-delà de l’affaire Dreyfus, son engagement militant l’amène a être un acteur important du Front populaire. En effet, Pour Victor Basch, la Ligue des droits de l’Homme ne doit pas « se borner à lutter contre l’injustice et l’arbitraire, à n’être qu’une sorte d’assurance mutuelle contre l’iniquité ». La LDH doit aussi « unir dans son sein toutes les fractions républicaines, depuis le centre jusqu’à l’extrême gauche, et rassembler en un faisceau toutes les forces de la démocratie pour lutter contre la réaction » .3 basch_2.jpg

manif_montrouge.jpgAinsi, le 14 juillet 1935, Victor Basch préside l’événement fondateur du Front populaire au vélodrome de Buffalo 4 à Montrouge. Il ouvre la rencontre devant 10.000 manifestants à laquelle participe l'ensemble des organisations de gauche : les dirigeants communistes, socialistes et radicaux, les représentants des 2 CGT (qui se réuniront en mars 1936), la fédération gymnique et sportive du travail, le comité de vigilance des intellectuels anti-fascistes. Victor Basch accueille les manifestants au stade Buffalo en déclarant : "Réunis à la Grange aux Belles sous l'insigne du bonnet phrygien, symbole commun à tous pour préparer le Rassemblement du 14 juillet, nous jurons de rester unis pour défendre les libertés démocratiques, le droit de tous les hommes au pain et de tous les peuples à la grande paix humaine." Après le  meeting, la foule se rend en manifestation à la Bastille, faisant le serment solennel de "rester unis pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses, pour défendre et développer les libertés démocratiques et pour assurer la paix humaine".
Décédé quelques jours avant cet évènement, le 11 juillet 1935, Dreyfus est dans tous les esprits. "Alfred Dreyfus, le héros stoïque du drame judiciaire et social auquel la Ligue doit sa formation, est mort à la veille du 14 juillet 1935, dans un moment historique qui évoque à bien des égards la grande bataille de l'Affaire" 5. Victor Basch dans son discours au Vélodrome Buffalo fera ainsi le rapprochement entre l'unité réalisée en 1898 et celle concrétisée le 14 juillet 1935 : "A la vérité, c'est un miracle, le même miracle qui s'est produit lors de l'affaire Dreyfus".6

[ Les photos ci-dessus de Victor Basch prises lors des manifestations de 1935-36 sont issues de clichés réalisés par Marcel Cerf et reproduites sur ce blog avec la très aimable autorisation de sa fille.]

 

Terreur contre terreur : le juif paye toujours

Basch.jpg« Président de la Ligue des droits de l’Homme, Victor Basch défend la République et s’attire la haine de l’extrême droite. Il prend position contre le pacifisme intégral en dénonçant, dès les années 30, le militarisme renaissant de l’Allemagne nazie et l’hitlérisme triomphant »1.

C’est pour tous ses engagements et son activité de résistant en tant que responsable du Front national, que Victor Basch, et son épouse Ilona, sont tués le 10 janvier 1944 près de Lyon par la milice française et la police allemande qui déposent sur leurs corps l’inscription : « Terreur contre terreur : le juif paye toujours ». Pour Lécussan, un de ses assassins, ce crime se justifie car Basch, « prototype du Juif étranger » symbolise « la mafia judéo-maçonnique ». il est aussi à abattre en tant que « créateur du Front populaire ».7 

VB.jpg« Contre vents et marées, à travers les méandres et les détours de la vie politique française et européenne au cours des années 1900-1944, Victor Basch restera obstinément fidèle au combat pour la République, pour le socialisme et pour les droits de l’Homme. S’il n’a pas su, lors de la première guerre mondiale - qu’il perçoit comme une « guerre pour la paix » - ou face aux procès de Moscou (qu’il refuse de condamner), faire preuve de la même clairvoyance que lors du procès Dreyfus, ce sont des erreurs qu’il partage avec la grande majorité des intellectuels progressistes de son époque. Mais il se distingue d’eux par son combat permanent et lucide contre le totalitarisme préfasciste et fasciste, depuis son premier engagement en 1897 jusqu’à sa mort ». 2

 

A Montrouge

dubois_basch.jpgUne rue porte aujourd’hui le nom de Victor Basch à Montrouge 8. Les nouvelles pancartes ne mentionnent que le nom mais les anciennes pancartes, encore visibles à certains endroits, précisent : « Victor Basch, président de la Ligue des droits de l’Homme, assassiné par les agents de l’ennemi, 1863-1944 ». La responsabilité des miliciens français dans l’assassinat n’est pas mentionnée, tout comme cela n’est d’ailleurs pas évoqué lors de la délibération du conseil municipal du 08/11/1944 qui prend la décision de débaptiser la rue Célina Dubois pour l’appeler rue Victor Basch « pour perpétuer le souvenir des victimes de la répression allemande, tombées au combat et pour rendre hommage à la mémoire des plus connues d'entre elles ». A noter que c'est également par cette délibération que la Grande rue devient rue Gabriel-Péri et la rue de Châtillon, l'avenue Pierre Brossolette.

rue-basch.jpgComme le précise Anne-Sophie Honnet, responsable du service Archives-Documentation de la mairie de Montrouge, « c'est également la venue de Victor Basch à Montrouge, le 14 juillet 1935, qui est à l'origine de ce changement de nom. Victor Basch est en effet venu présidé une grande manifestation, les « Assises de la paix et de la liberté », au vélodrôme Buffalo, où toutes les organisations politiques prêtèrent serment de la défense de la démocratie contre le fascisme ». Pourtant, aucune inscription dans Montrouge ne rappelle cet événement…

Vic-BaschC’est peut-être également ce grand événement du 14 juillet 1935 qui est à l’origine de la création de la section locale LDH de Montrouge qui voit le jour cette même année 1935. Le nom de la section deviendra progressivement Section LDH Montrouge-Châtillon-Malakoff (en 2000) puis Section LDH Malakoff-Bagneux-Montrouge (depuis 2005).

 

CR - 10/01/2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BASCH Victor« J’ai toujours pensé que les sections de la Ligue avaient à accomplir une mission politique en dehors et, j’ose dire, au-dessus des groupements politiques proprements dits. C’est aux sections de la Ligue de servir de centre à tous les groupements républicains, à quelque nuance qu’ils appartinssent » Victor Basch, 6e anniversaire de la LDH - 4 juin 1904

 

 

 

 

V-BASCHPour poursuivre la réflexion…

A lire :

- Victor Basch, un intellectuel engagé, ouvrage collectif, Berg internationnal éditeurs, 2000

- Victor Basch ou la passion de la justice : de l’Affaire Dreyfus au crime de la milice, Françoise Basch, Ed. Plon, 1994

- Victor Basch : l’esthétique entre la France et l’Allemagne, Céline Trautmann-Waller, Cairn, 2002

http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=RMM&ID_NUMPUBLIE=RMM_022&ID_ARTICLE=RMM_022_0077)

A voir : 

- Le défilé des 500 000 manifestants de la Bastille à la porte de Vincennes, 14 juillet 1935 - Actualité ouvrière, 1935, France, 10’, NB - Réalisation collective et anonyme - Production : Comité national d’organisation du Rassemblement Populaire du 14 juillet 1935

- Victor Basch, dreyfusard de combat de Vincent Lowy, 2005, documentaire de 52 mn

 

Pour poursuivre l’action…

Si vous pensez que pour la défense des libertés individuelles, l'esprit qui anima Victor Basch demeure vivant, celui d'un « petit nombre d'hommes qui, éternels trouble-fête, disent aux hommes et aux choses qu'ils ne leur permettront pas d'être immobiles », alors n’attendez pas : adhérez et faites adhérer à la Ligue des droits de l’Homme !

http://www.ldh-france.org/IMG/pdf/bulletin__adhesion.pdf

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1 Victor Basch, un intellectuel engagé, Berg internationnal éditeurs, 2000

2 Michaël Löwy (Victor Basch et Bernard Lazare : deux intellectuels dreyfusards) in Victor Basch, un
intellectuel engagé

3 cité par Emmanuel Nacquet (Victor Basch et la LDH) in Victor Basch, un intellectuel engagé

4 le stade Buffalo était un stade vélodrome parisien situé non loin de la Porte des Ternes. Il fut inauguré le 24 septembre 1922, transféré à Montrouge en 1923 et fut détruit en 1957. Il fut pendant la seconde guerre mondiale un centre de rassemblement des étrangers.

5 Nécrologie publiée dans Les cahiers des droits de l'homme citée par Nicole Racine, "Références dryfusiennes dans la gauche française de l'entre-deux-guerres" in La postérité de l'affaire Dreyfus (PU Septentrion, 1998) 
6 discours de Victor Basch au vélodrome Buffalo publié dans les Cahiers des droits de l'Homme, n°21, 18/08/1935 
7
 cité par Françoise Basch (Le juif paye toujours) in Victor Basch, un intellectuel engagé

8 pas très loin de là, une place porte également le nom du couple Victor et Hélène Basch, à Paris, dans le 14e, à Alésia, devant la paroisse Saint Pierre de Montrouge

 

 

 

 

 

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Victor-Basch.jpgVictor Basch, le 16 juillet 1933 :
"Je n'appartenais à aucun parti. Je n'avais jamais jusque-là - je m'en suis accusé bien des fois - parlé vraiment avec un ouvrier. Je me contentais, en fait d'activité politique, de lire tous les jours Le Temps, comme continuent à le lire tous les jours tous les universitaires et encore n'en lisais-je avec un vrai intérêt que les feuilletons dramatiques de Sarcey et musicaux de J. Weber et les articles littéraires, me défiant déjà de l'impartialité de ses informations.
Et voici que, passant à Paris, en octobre 1897, j'entendis, pour la première fois, affirmer que le capitaine Dreyfus, que je ne connaissais pas et dont j'avais suivi le procès sans aucune passion, avait été condamné illégalement et injustement. Je venais, à ce moment, de soutenir mes thèses, j'avais quelques loisirs et je les consacrais à étudier «l'Affaire» comme l'étudièrent à ce moment, tant d'intellectuels, en toute objectivité scientifique. Et, au bout de mon étude, j'avais acquis la conviction qu'Alfred Dreyfus était innocent.
Il se produisit alors en moi un phénomène étrange. Moi qui, jusqu'alors, n'avais, à proprement parlé, éprouvé aucun sentiment social, qui n'avais vécu que pour moi-même, pour mon enrichissement intérieur, pour ma science, pour mon enseignement, pour mes livres et pour ma famille, qui était moi encore, je me sentis transformé. A me dire que, là-bas, agonisait dans les fers, sous « la double boucle », un innocent, j'ai senti comme une brûlure qui me dévorait tout entier. Il me devenait impossible de me livrer à mes occupations habituelles. La science, la poésie, l'art, certes ! Mais l'innocent qui, dans son île maudite, se mourait, dans la honte et le désespoir ! Comment vivre avec la conscience de cette monstrueuse iniquité ? N'était-ce pas en être complice que de ne pas consacrer ce que j'avais en moi d'énergie, d'intelligence, de force de propagande, au sauvetage de l'homme de la douleur ? Et n'avais-je pas le devoir de sacrifier à cette tâche tout ce qui m'était cher, ma tranquillité, celle des miens, ma situation et jusqu'à ma vie elle-même ?

C'est ainsi qu'à partir de 1898, je vécus comme une vie nouvelle. Je fondai, avec quelques amis, la section rennaise de la Ligue des droits de l'homme. Je fus, avant, pendant et après le procès de Rennes, en butte à des attaques, à des outrages, à des menaces et des voies de fait qui me sont un titre de fierté. J'adhérai, sous l'influence de Jaurès que ma maison eut la joie d'abriter pendant les tragiques semaines du procès, au Parti socialiste. Je fis de mon existence deux parts : l'une consacrée à ma fonction et à mes travaux et l'autre à la propagande. J'ai parcouru, de part en part, la Bretagne et j'ai aidé à planter avec des camarades dont beaucoup ne sont plus, sur cette terre dure, l'arbre de la démocratie. J'étais en proie à cette justicite aiguë qui est la caractéristique du ligueur. C'est la manie de la justice qui
nous est commune à tous, majoritaires et minoritaires et qui explique que quelles que soient nos divergences sur tel ou tel point de notre doctrine, nous formons un seul corps et une seule âme. Oui, tous, nous sommes des maniaques du Droit, des fous de l'équité, comme le grand Hokusaï fut le fou de la peinture ".

 

 

 

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 1836 - 1944, Victor Basch, le pourfendeur de Bastilles
 
BASCH-Victor-professeur.jpgPendant plus de quarante années, Victor Basch et la Ligue des droits de l'homme ont cheminé ensemble -  obstinément - sur un parcours semé de péripéties tragiques et de moments de gloire. Ligueur convaincu, souvent passionné, Basch gravit un par un les échelons de la hiérarchie. Il contribua à créer à Rennes en 1899 une section qu'il présidera en 1903, il accède cinq ans plus tard au Comité central. Vice-président en 1909 aux côtés de Buisson et de Pressensé, il est élu président de la Ligue en 1926. Il le restera jusqu'en 1940.
Victor Basch (en réalité Langsfeld) naquit à Budapest le 18 août 1863. Son père adoptif, Raphaël Basch, originaire de Prague, l'emmena tout jeune à Paris. Si Victor Basch se présente comme «Juif, originaire de la Hongrie », il est faux, écrit-il, de le traiter de « Français d'hier » ou de « Hongrois fraîchement naturalisé ». Il n'effectua en fait que de brefs séjours dans son pays natal.

Après des études secondaires et supérieures à Paris, il passe l'agrégation d'allemand, puis en 1897 soutient son doctorat en Sorbonne : deux thèses, l'une sur l'esthétique de Kant et l'autre sur Schiller. Émergeant alors de « sa cloche de plongeur », d'un monde intellectuel confiné, la terrible erreurjudiciaire de la condamnation de Dreyfus le frappe de plein fouet.
Depuis 1887, Basch enseignait à l'Université de Rennes et c'est en 1899 devant le tribunal militaire de cette ville que se déroule le deuxième procès du capitaine Dreyfus. « Dreyfusard de choc », Basch va se « convertir » à l'idéal de justice qui l'habitera toute sa vie. Sa fureur contre « la monstrueuse iniquité » fait naître chez lui une immense énergie. Chaque jour du procès, Basch se rend au tribunal, veille sur ses invités, parmi eux le cher Jaurès, et l'avocat Labori, son héros wagnérien. À l'Auberge des Trois Marches, quartier général des dreyfusards, il s'entretient avec le colonel Picard, la journaliste Séverine et d'autres ; il se rend quotidiennement auprès de Lucie Dreyfus. Il adresse à son épouse, Ilona, en villégiature en Carinthie des missives animées et enthousiastes, tout en rendant compte à son aîné, Joseph Reinach, de la marche des événements. Et il y a, bien sûr, des échanges de vues plus ou moins échauffés avec ligueurs et ouvriers.
L'Affaire demeurera pour Victor Basch une inoubliable bataille de jeunesse et le repère fondamental de ses choix politiques : « Jusqu'à la fin de mes jours je resterai l'amant éperdu de la justice. » Influencé par Jaurès et Pressensé, ses deux maîtres à penser, il s'inscnt au parti socialiste, geste de maturité politique et de réalisme.
Pendant ces heures d'angoisse et d'exaltation, Basch était en butte à des violences antisémites et xénophobes,  inimaginables aujourd'hui. Mais loin de l'effrayer, injures et agressions contribueront à l'aguerrir.
« II y a deux façons de porter le fardeau du Sémite, écrira-t-il à Joseph Reinach en 1917, honteusement ou orgueilleusement. J'ai choisi quant à moi, depuis 1898, époque où pour la première fois on m'a jeté des pierres au
cri de l'antique Hepp-Hepp', la seconde manière. »
Le verdict du tribunal militaire de Rennes condamnant à nouveau Dreyfus ainsi que la mort prématurée de ses deux
aînés en 1901 et en 1905 a porté à Victor Basch des coups très durs; il n'aspire qu'à quitter une ville qu'il avait toujours ressentie comme inhospitalière. Du moins pouvait-il revendiquer un nombre respectable de publications savantes. En 1906, il réussit à obtenir une charge de conférences en langue et littérature allemandes à l'Université de Paris et se spécialise désormais en esthétique. Mais il faut attendre 1928 pour que l'Université crée pour lui une chaire dans cette spécialité.
Août 1914 : survient la Grande guerre. Admirable connaisseur de l'Allemagne, Basch avait mis en garde la LDH contre les dangers du pangermanisme (La guerre et le droit, 1915). Au début des hostilités, il marche dans les pas de l'Union sacrée qui fait porter à l'Allemagne et à l'Autriche l'entière responsabilité des actes de guerre. Accents patriotiques, excitation guerrière même scandent les articles qu'il écrit pour La guerre sociale de Gustave Hervé. Mais, opposé au manichéisme, il refusera toujours d'enfermer l'ensemble des Allemands dans la réprobation. Au contraire, son lien profond avec la civilisation allemande lui fait tendre la main aux rares pacifistes, jusqu'à démontrer en 1927, dans Les doctrines politiques de l'Allemagne, que les philosophes d'outre-Rhin n'avaient pas été contaminés par le  pangermanisme. Il se retrouve à la fois patriote, pacifiste et internationaliste, posture contradictoire qui lui vaudra quelques ennuis.
Victor et Ilona Basch s'étaient fait embaucher par la mairie du 6e arrondissement pour apporter leur modeste contribution à l'« effort de guerre ». Mais c'est le voyage aux Etats-Unis, entrepris pendant l'hiver 1915-1916, qui mobilise l'intellectuel français juif. Envoyé du gouvernement français et du Consistoire israélite, Basch avait reçu la mission de persuader les Juifs américains de gagner leur gouvernement à la cause alliée. C'est pourquoi il s'acharnera, à coup de rencontres, de conférences et d'articles, à démontrer le caractère malfaisant des théories et pratiques raciales allemandes, qu'il estime plus pernicieuses à long terme que l'antisémitisme russe.
Au lendemain de la guerre, Basch s'investira passionnément dans le rapprochement franco-allemand, dénonçant les excès du traité de Versailles qui étrangle l'Allemagne, mais exigeant aussi de celle-ci réparation des dommages de guerre. Pour jeter un pont entre les deux pays, en collaboration avec la Ligue allemande et son président Helmut von Gerlach, il prendra souvent la parole outre Rhin, notamment en 1922 lors d'une manifestation pacifiste à Berlin présidée par Albert Einstein, et, en 1924, à Berlin et Potsdam où il échappa de justesse aux agressions d'extrémistes nationalistes.
Elu entre temps président de la LDH en 1926, il doit agir sur plusieurs fronts. Au plan international, il dénonce les pogroms en Ukraine, en Hongrie, soutient la création d'un État sioniste pour les Juifs sans patrie ainsi que la Société des nations. En France, il dénonce l'extrême droite maurrassienne, le gouvernement d'Union nationale, et défend l'école laïque et le droit de grève des fonctionnaires. Comme la majorité du Comité central, Basch se proclame pacifiste « défensif », tendance vigoureusement combattue au sein même de la Ligue par les partisans de la paix à tout prix. Ces derniers démissionneront en bloc en 1937. À la suite des présidents Buisson et Pressensé, Basch défend, sans excès, l'égalité politique entre les deux sexes et s'élève aussi contre la répression de l'avortement et de la propagande anticonceptionnelle.
Mais à partir de 1930, l'heure n'est plus au rapprochement. L'avènement d'Hitler suscite chez Basch « fureur sacrée et désespoir ». Sensible au « grand cri de douleur de cent milliers d'êtres humains blessés, broyés, torturés » (La Volonté, 14 mai 1933), la Ligue braque les projecteurs sur la tragédie des Juifs et des réfugiés qui fuient en masse le régime hitlérien.
Le 6 février 1934, crises dans les partis, scandales financiers, montée des ligues factieuses explosent en émeutes à Paris. Basch descend dans la rue aux côtés de la CGT. Il s'emploiera désormais, poussé par « une grande flamme d'espérance », et malgré ses 71 ans, à militer pour faire advenir ce Rassemblement dont on lui confiera la présidence, prélude du Front populaire de 1936. C'est dans l'euphorie qu'il « déclare ouvertes les Assises de la paix et de la Liberté », lors de l'immense manifestation du 14 juillet 1935.
manif1936« Embellie de l'été 36 » ? Oui, pourtant on ne compte pas les catastrophes sur la scène internationale. « Le monde est veuf de bonté et de courage », écrit Basch. C'est la tragique défaite des Républicains espagnols avec les lamentables atermoiements sur « la non intervention », cyniquement utilisés par les puissances de l'Axe. Ambivalent à l'égard de la politique non interventionniste de Léon Blum, Basch soutient l'Espagne républicaine par sa présence aux meetings de solidarité, ses appels et ses voyages à Valence, à Barcelone et à Londres.
Il ne cesse de clamer son indignation devant le règne de la terreur, persécutions antisémites, lois raciales, camps de concentration, perpétrés par Hitler et ses acolytes. Avec les déshonorants accords de Munich, qui livrent en 1938 la Tchécoslovaquie à Hitler, l'horizon s'assombrit encore. Quelque mois avant le début de la deuxième guerre mondiale, Basch, anéanti, interroge Romain Rolland : « te monde est-il criminel ou insane ou l'un et l'autre ? »
Dès juillet 40, les Basch, qui ont dû fuir Paris avant l'invasion, se réfugient à Lyon. Les tragédies se succèdent : Georges Basch, leur fils, se suicide le 20 juin 1940. Leur appartement pillé, Basch perd les travaux d'une vie entière, bibliothèque, notes, manuscrits. À Lyon, il vit sans se cacher et entretient des contacts avec le Front national, tout en tentant de résister aux humiliations de l'Occupation, aux privations puis au cancer dont il se sait atteint.
La suite est connue. Le soir du 10 février 1944 un commando formé de miliciens français et de soldats allemands (SIPO SD) cernent le domicile des Basch, immobilisent les voisins, perquisitionnent l'appartement, font monter Victor et Ilona en voiture, et, à quelques kilomètres de là, les abattent de deux balles dans la tête.
Ils étaient âgés de 80 ans. Le billet déposé sur leur corps disait : « Terreur contre terreur : le juif paye toujours ».
Victor Basch pressentait-il ce dénouement ? Ce n'est pas impossible. Il avait un jour dressé la liste de tous ceux qui, nervis, bandes armées, Casques d'acier hitlériens l'avaient menacé de mort, pour conclure : « Cette vie, je l'ai une fois pour toutes donnée à la République, ..Il en adviendra ce qui pourra. »

Françoise Basch, Hommes & Libertés n°128  de décembre 2004

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Victor Basch
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