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Logo-new.jpgIls ont laissé leur empreinte dans l'histoire de la Ligue des droits de l'Homme...

(cliquer sur les photos pour les agrandir)

seligmann francoiseFrançoise Seligmann, 09/06/1919-27/02/2013
Françoise Seligmann a, à l’occasion de son combat pour la liberté des enfants Finaly (ces fils de médecins juifs autrichiens morts en déportation à qui ceux qui les avaient cachés voulaient donner une éducation catholique alors que des parents survivants souhaitaient les élever), rejoint la Ligue des droits de l’Homme. Elle a créé en 1977 la revue Après-demain, qu’elle a dirigé jusqu’à sa mort. Pendant toute sa vie, Françoise Seligmann a fait preuve de cette générosité qu’elle puisait dans les combats de sa jeunesse contre la barbarie, que ce soit pour défendre Georges Guingoin, héros de la Résistance victime d’un complot sordide, pour la vie d’Ethel et Julius Rosenberg, qui furent exécutés aux Etats-Unis, contre les guerres coloniales ou pour défendre les droits des femmes.

 
alles-elisabeth.jpgElisabeth Allès, 08/04/1953-01/01/2012
Anthropologue au CNRS, spécialiste du monde chinois et militante des droits. Membre du comité central et du bureau national de la LDH, elle participa à l’animation du travail international de la LDH et à ce titre devint l’une des secrétaires générales adjointes de la FIDH. Elle participa activement en 2008 aux mobilisations autour des Jeux olympiques en Chine. Membre active du groupe « Chine », elle apportait sa collaboration aux actions de soutien aux militants chinois. Elle avait fait du combat pour les sans-papiers, un fil rouge de ses préoccupations. 
 

verdierRobert Verdier, 28/11/1910 - 27/02/2009
Professeur agrégé de lettres ; syndicaliste, résistant, secrétaire général adjoint de la SFIO puis du PSA, directeur politique du Populaire, député de la Seine ; président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme. En retraite, Robert Verdier se consacra essentiellement à la Ligue des droits de l’Homme à laquelle il avait adhéré dans sa jeunesse, à Montpellier, mais dont il s’était éloigné durant la guerre froide, la trouvant notamment trop indulgente pour les crimes commis par les régimes d’Europe de l’Est. Coopté en 1964 au Comité central de la Ligue, alors dirigée par Daniel Mayer, il devint président de la Fédération de Paris de 1976 à 1986 et un très actif président de la commission internationale, accomplissant de nombreuses missions à l’étranger. Fondateur du CIDEM (fondation citoyen et civisme), il contribua à rapprocher la Ligue des droits de l’Homme et la Ligue de l’Enseignement qui s’étaient éloignées l’une de l’autre depuis le début des années soixante. Il fut désigné comme président d’honneur de la Ligue en 1986 et comme vice-président de la Fédération internationale des droits de l’Homme à son congrès de Turin en 1992.
 

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Hamida Ben Sadia, 02/1961 - 29/10/2009
Hamida Ben Sadia était membre du comité central de la LDH et du bureau national. Si la plénitude d’une vie se mesure à la douleur que laisse la mort, le souvenir d’Hamida n’est pas prêt de s’éteindre. Il nous reste la mémoire de ce qu’elle était et de ce qu’elle a fait. Et son livre, « Itinéraire d’une femme française », un livre rare, un livre unique, celui que seule une Hamida pouvait écrire : « Le droit, que le droit, rien que le droit » est la devise avec laquelle ses militants répondent aux défis du moment, parfois au détriment de leur image dans l’opinion publique mais au bénéfice de la dignité humaine. La lutte continue dans chacun des actes de ma vie. Je ne suis pas infaillible, et je ne crois pas à la chance. Je suis seulement lucide, je sais d’où je viens. Je sais aussi que mon corps ne suit pas toujours mon énergie, parfois il me lâche. La maladie m’a suffisamment visitée pour savoir combien elle nous rend fragiles et dépendants des autres. L’idée de la mort ne m’est pas étrangère, indissociable de la vie, elle ne me fait pas peur ».

bouziri
Saïd Bouziri, 04/06/1947 - 23/06/2009
Saïd Bouziri représente une des plus grandes figures de l’immigration de la deuxième moitié du 20e siècle. Peu de temps après son arrivée de Tunisie en France, Saïd Bouziri est visé avec sa femme, par une mesure d’expulsion du territoire pour atteinte à l’ordre public ; ils entament une grève de la faim en plein quartier de la Goutte d’or, qui a un grand retentissement. C’est en effet une des premières grèves de la faim organisées par des immigrés depuis la guerre d’Algérie et qui permet en outre une mobilisation des grands intellectuels français à propos de l’immigration. Saïd Bouziri se lance dans l’organisation active des grèves de la faim pour la régularisation des années 1972-1973 puis dans l’appel, en septembre 1973, à une grève générale de travail des travailleurs immigrés contre la vague raciste du Midi de la France. Durant la deuxième moitié des années 1970, Saïd Bouziri milite pour l’essentiel dans le quartier qu’il a habité jusqu’à son décès : la Goutte d’or, en créant une association culturelle d’animation du quartier et une librairie rue Stephenson, et participe de manière active au comité de soutien au mouvement de grèves des loyers des foyers Sonacotra. Après avoir été l’un des fondateurs des journaux Sans Frontière (1979-1986) puis Baraka, il est aussi l’un des pionniers des radios libres : en juin 1981, il crée avec ses amis Radio soleil Goutte d’or. Saïd Bouziri participe en 1987 à la création de l’association Génériques, dont il fut le président, jusqu’à son décès. Responsable de la Commission Immigrés de la Ligue des droits de l’Homme puis trésorier national, Saïd Bouziri a animé jusqu’à sa mort la campagne de la Votation citoyenne, en faveur de l’octroi du droit de vote aux étrangers aux élections locales.

de felice
Jean-Jacques de Felice, 15/05/1928 - 27/07/2008
Jean-Jacques de Felice fut avocat et vice-président de la Ligue des Droits de l'Homme de 1983 à 1996 et membre du Comité central. Jean-Jacques de Felice a participé à tous les combats de la LDH : depuis la guerre d’Algérie où il défendit les militants du FLN, à la défense des réfugiés italiens et encore ces derniers mois de Marina Petrella, il n’est pas possible de citer l’infinité diversité des combats pour les droits de l’Homme et la dignité de chacun auxquels Jean-Jacques de Felice a pris part. Avocat, il avait fait de son métier le moyen de cette lutte permanente en faveur des plus faibles, qu’ils soient paysans du Larzac en lutte contre l’extension du camp militaire, Kanaks ou Tahitiens, mal logés aux côtés de l’abbé Pierre, étrangers en péril, ou tout simplement hommes et femmes broyés par la machine judiciaire. Profondément convaincu que le refus de la violence était la seule voie éthiquement possible et politiquement utile, Jean-Jacques de Felice avait obtenu le statut d’objecteur de conscience à un moment où ceux-ci, qu’il défendit à de nombreuses reprises, faisaient l’objet de poursuites judiciaires quasi systématiques. Puisant dans le protestantisme son ouverture aux autres, Jean-Jacques de Felice fût bien plus qu’un militant. Cet homme a porté la faculté d’entendre, de comprendre et d’aimer à un degré rarement atteint. Chaque homme, chaque femme était à ses yeux revêtu de la même humanité et méritait le même respect, et chacun le ressentait ainsi tout simplement parce que c’était vrai.

Serge Coche
Serge Coche est mort le 16 avril 2007. Combattant contre l’occupant, il fut de ceux qui ne renoncèrent pas. Engagé dans les réseaux qui préparèrent le débarquement en Algérie, il rejoignit la 2e DB où il fit toutes les campagnes qui aboutirent à la libération de la France ce qui lui valut de recevoir la médaille militaire et les félicitations personnelles du Général De Gaulle. Parce que son combat fut celui de la justice, et malgré la déchirure que cela représentait, il apporta son concours à la défense des militants indépendantistes algériens. Au sein de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), il fut investi de nombreuses responsabilités. Il siégea au Comité central et au bureau de la Ligue. Il y présida sa commission juridique, prenant ainsi en charge le contentieux juridique mais aussi l’aide à ceux qui font appel à la LDH. Il remplit de nombreuses missions pour le compte de la FIDH dont deux ont marqué son histoire. Il effectua la première mission d’observation dans les Territoires occupés et pendant la première guerre du Liban. Il dirigea une mission de 80 personnes pour la FIDH au Québec ce qui permit d’éviter un bain de sang dans le conflit qui opposait le gouvernement québécois à un peuple autochtone. Reconnu en tant qu’avocat, ayant été élu au Conseil de l’Ordre, Serge Coche a manifesté tout au long de sa vie un engagement exemplaire au plus près de ceux qui souffrent.
 

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Lucie Aubrac, 29/06/1912 - 14/03/2007
Il est des noms, très rares, qu’il suffit de prononcer pour que s’éclaire l’essentiel. Pour tous les Français, le nom de Lucie Aubrac est de ceux-là. Ce nom dit le courage sous toutes ses formes ; il dit le combat pour la liberté et pour l’égalité, contre la barbarie nazie, contre la haine raciste et antisémite, contre l’oppression coloniale aussi. Il dit aussi, à beaucoup d’entre nous, l’infatigable volonté de transmettre aux jeunes générations, avec les valeurs de la Résistance, l’engagement pour un avenir plus libre et plus juste, le refus de détourner les yeux et de baisser les bras.Résistante, féministe, citoyenne et militante, Lucie Aubrac était membre d’honneur du Comité central de la Ligue des droits de l’Homme.


vidal naquet

Pierre Vidal-Naquet, 23/07/1930 - 29/07/2006

Pierre Vidal-Naquet, historien et helléniste français fut membre d’honneur du Comité central de la LDH. L’engagement ! Toute l’existence de Pierre Vidal-Naquet en fut tissée. La disparition de ses parents en juin 1944, presque en même temps que Victor et Ilona Basch, ne se limita jamais pour lui à une tragédie familiale : l’histoire était là, avec le poids monstrueux du négatif en cette période noire. L’histoire à laquelle il allait consacrer toute sa vie active. L’histoire de la Grèce antique certes, dont il a été l’un des plus grands spécialistes de son temps, mais ce choix, qui visait à maîtriser par l’éloignement du sujet la passion militante qui était la sienne, ne l’empêcha jamais d’affronter parallèlement les démons d u présent. Il était, avec Madeleine Rebérioux, avec Daniel Mayer et quelques autres au début assez peu nombreux, de ceux qui n’ont pas supporté l’ignominie de la torture en Algérie. Il était aussi, avec Jean-Marie Domenach et Michel Foucault, l’un des signataires du manifeste du Groupe d’information sur les prisons en 1971. Et en 2003 encore, il était l’un des auteurs de l’appel « Une autre voix juive », qui disait la solidarité de personnalités juives avec le peuple palestinien. Solidarité qui avait d’autant plus de poids qu’elle était celle d’un pourfendeur du révisionnisme et du négationnisme : celui qui avait écrit « Les assassins de la mémoire » ne pouvait être suspecté d’aucune complaisance ni d’aucune faiblesse pour la moindre trace d’antisémitisme.

 

Madeleine-Reberioux.jpgMadeleine Rebérioux, 08/09/1920 - 07/02/2005

Madeleine Rebérioux était historienne. En 1957, elle anime le Comité de défense des libertés contre la guerre d'Algérie. En 1958, elle rejoint le comité Maurice Audin, créé l'année précédente. En mai 1960, elle devient membre du comité de rédact ion de Vérité-Liberté, créé pour contourner la censure d'état sur la guerre d'Algérie. Son engagement anticolonialiste se poursuit en tant que membre active du comité pour la défense des libertés en Algérie. Elle signe en 1960 le Manifeste des 121, pétition signée par nombres d'intellectuels de l'époque, et proteste contre les ratonnades du 17 octobre 1961. De 1965 à 1969, elle est responsable du collectif universitaire intersyndical contre la guerre du Viêt Nam ; de 1971 à 1975, elle devient responsable du Front Solidarité Indochine. Entrée au comité central de la LDH en 1964, Madeleine Rebérioux sera la première femme à présider la Ligue des Droits de l'Homme de 1991 à 1995. Elle a été de tous les combats pour la dignité des hommes : de la seconde guerre mondiale à la guerre d’Algérie, Madeleine Rebérioux a inscrit sa vie dans une lutte permanente pour la liberté et l’égalité de l’Humanité. Historienne de la troisième République, spécialiste incontestée de Jean Jaurès et du mouvement ouvrier, elle a apporté à la Ligue des droits de l’Homme une sensibilité à l’égard des questions sociales.
 
François-René Buhl
François-René Buhl, ancien responsable de la CGT, ancien membre du Comité central de la LDH est décédé le 28 avril 2004. François-René Buhl a consacré toute sa vie à lutter et à militer. Il incarnait cette volonté permanente de ne laisser passer aucune injustice, de construire un monde plus juste et plus fraternel. Entre la lutte syndicale et la défense des droits de l’Homme, François-René Buhl n’a jamais tracé de frontières. Tout simplement parce qu’entre la défense des libertés et la défense des droits économiques et sociaux, il n’y a pas de frontières.


SanguinettiAntoine Sanguinetti, 09/05/1917 - 20/07/2004
Antoine Sanguinetti, amiral français (il fit partie des généraux qui en 1962 résistèrent au pustch d'Alger), fut membre du Comité central de la LDH pendant de longues années et a rempli de nombreuses missions pour son compte ou celui de la FIDH. Il a toujours allié ses fonctions au sein de l’armée avec un souci permanent et aiguë de la défense de la République et des droits de l’Homme. Son engagement au sein de la LDH en a été la marque et nous n’oublions pas, parmi d’autres, son action pour l’abolition des tribunaux militaires ou pour le respect des droits des soldats ou l’enquête sur les évènements d’Ouvéa qu’il dirigea. 

 

yves_jouffa.JPGYves Jouffa, 28/01/1920-13/01/1999

 Yves Jouffa voulait que la LDH sache être « la bonne mémoire et la mauvaise conscience de la gauche » au pouvoir. Il conduisit la LDH dans le combat pour la défense des droits des étrangers. Il fut révolté par les réformes de cette loi de la nationalité qui lui avait  permis d'être un enfant de la République. Il ne suivit pas les sentiers battus : c'est sous sa présidence que, après des débats difficiles, la LDH affirmât que c'était être laïque que de dire que le port d'un insigne religieux quel qu'il soit n'était pas un motif d'exclusion de l'école pour peu que l'ensemble des enseignements soit suivi. C'est toute la vie d'Yves Jouffa qui témoigne d'un engagement incessant au service de la défense des droits de l'Homme, de la République et du progrès social. Avocat engagé, il n'oublia jamais que c'était d'abord des hommes qu'il défendait. Il fut frappé dans sa jeunesse, lui l'enfant de la communale, le brillant étudiant de la Faculté de droit, le tout jeune avocat, par l'infâme statut des Juifs. Interné au camp de Drancy, résistant, son témoignage au procès de Klaus Barbie fut si bouleversant que Maurice Papon, de façon infâme, tenta à son procès, de salir ce juste. Vainement bien sûr, mais il en souffrit. (d'après un texte de Henri Leclerc, 18/01/1999) 

 

main-bertrand.jpgBertrand Main, 26/08/1952-1999

Après ses études à Châteauroux, marquées par l'adhésion à la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne) et la participation aux comités d'action lycéens dans la foulée de Mai 68, Bertrand Main vient faire ses études de droit à Paris. Après une année de préparation aux concours, il réussit en 1977 celui d'attaché d'administration centrale, choisit le ministère des affaires sociales, et reçoit sa première affectation à la Direction des relations du travail. Quelques mois plus tard, en août 1978, il est appelé pour faire son service militaire. Affecté au Service historique de l'armée de l'air, à Vincennes, il y fait la connaissance, entre autres, de Bernard Wallon, futur responsable du Service communication de la LDH de 1981 à 1997, qui occupe là-bas un poste de documentaliste. C'est par lui que Bertrand, dont on imaginerait mal qu'en dépit d'une affectation confortable il se tienne à l'écart des mouvements de soldats, viendra au DLIM, le comité « Droit et libertés dans l'institution militaire ». Et cet engagement-là a été déterminant, puisque c'est par le DLIM que Bertrand, comme beaucoup d'autres de sa génération, adhérera à la LDH. L'itinéraire de Bertrand Main au sein de la Ligue des droits de l'Homme : après le DLIM, l'investissement dans les questions internationales (Palestine-Israël, Pologne, Irlande...). Bertrand Main anime, à partir de 1984, avec Henri Leclerc qui la préside, la commission « immigrés » : la campagne pour le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales en 1985, puis à nouveau en 1990 la campagne « J'y suis, j'y vote », le collectif contre la loi Pasqua, le collectif contre la réforme du code de la nationalité... constituent autant de grands moments de la mobilisation des associations en général et de la LDH en particulier sur le terrain de l'immigration. Secrétaire général de la LDH de 1995 à 1999, Bertrand Main consacre une part importante de son mandat de  à la promotion d'un service public lié à la citoyenneté et à la démocratie. (d'après un texte de Danièle Lochak, n° 108 Hommes & Libertés, 2000) 

 

MAYER-DanielDaniel Mayer, 29/04/1909 - 29/12/1996

Premier président de la LDH né après l'affaire Dreyfus, Daniel Mayer est appelé à la tête de l'institution le 9 mars 1958, à une période charnière, pour le pays, pour la LDH et pour lui-même. Il a été secrétaire du PS clandestin puis de la SFIO à la Libération, ministre, président de la Commission des Affaires étrangères. Il fait partie des socialistes minoritaires (contre le projet d'armée européenne, puis contre la politique socialiste menée en Algérie à partir de 1956). Convergences politiques sur l'Algérie, attachement constant au socialisme républicain et à la laïcité, combativité : Daniel Mayer est l'homme de la situation dans une période de crise. Sa notoriété, son prestige, ses talents d'orateur et son âge (49 ans) peuvent apporter un souffle nouveau à une LDH en déclin. À peine élu, Daniel Mayer se défend de vouloir politiser le rôle de la Ligue des droits de l'Homme. Il démissionne le 29 avril 1958 de son mandat de député en invoquant « une antinomie de fait entre l'indispensable rigueur de la Ligue et l'inévitable compromis dû à l'arithmétique parlementaire ». Marginalisé au sein de la SFIO, menacé d'exclusion à la prochaine indiscipline, il trouve à la présidence de la LDH ce dont il a alors le plus besoin : une position de repli, une tribune pour exprimer librement ses indignations, et, plus encore, une légitimité nouvelle. Aimant se référer à l'âge d'or de la LDH, qui coïncide avec les moments les plus exaltants de sa propre jeunesse, il souhaite jouer au sein de la gauche non communiste, un rôle de médiation, à l'instar de Victor Basch, qui, en 1935, au nom de la LDH, présida le Comité national du Rassemblement populaire. À partir de mai 1958 et sous son impulsion, la LDH s'engage dans une série de combats politiques : contre les conditions du retour au pouvoir du général de Gaulle, contre les institutions de la Ve République, pour la paix en Algérie. Si quelques gaullistes de gauche s'éloignent de la LDH, les partisans de la paix en Algérie, souvent en conflit avec leurs partis d'origine, trouvent à la LDH une structure d'accueil. Sur la question algérienne, l'attitude de la LDH évolue à partir de 1958. Par la voix de son président, elle ne réclame plus seulement un changement de politique en Algérie, elle dénonce les effets pervers de la guerre sur le fonctionnement de la démocratie en France. Aussi, les appels réitérés de Daniel Mayer à une paix négociée s'accompagnent-ils de l'espoir de voir la parenthèse gaulliste se refermer, une fois réglé le conflit algérien. L'illusion est vite dissipée : quand, à l'automne 1962, le général de Gaulle propose aux Français l'élection du président de la République au suffrage universel, Daniel Mayer, au nom de la LDH, appelle à voter « non ». Cet ardent défenseur du régime parlementaire et d'une conception arbitrale de la fonction présidentielle défend, à chaque élection, une stratégie d'union de la gauche, seule capable de mettre en échec le pouvoir gaulliste. Appelé pour dynamiser une LDH vieillissante aux effectifs peu nombreux et sans moyens, Daniel Mayer, au cours de son long mandat (17 ans), contribue à la renaissance de l'institution. S'il ne parvient pas à développer les effectifs de la LDH, il joue toutefois un rôle déterminant dans le renouvellement et le rajeunissement de ses dirigeants. Il fait entrer au Comité central des militants dissidents des partis de gauche, des avocats, des universitaires, tous engagés contre la guerre d'Algérie. Parmi eux figurent les futurs présidents de la Ligue : Henri Noguères, Yves Jouffa, Madeleine Rebérioux et Henri Leclerc. Il abandonne la présidence de la LDH en 1975 maisdeux ans plus tard, le 25 juin 1977, il est élu à la présidence de la Fédération internationale des droits de l'Homme. Certains ont reproché à Daniel Mayer une politisation excessive de la LDH. Pouvait-il en être autrement ? Depuis son double engagement à la LDH et à la SFIO, en 1927, l'itinéraire militant de Daniel Mayer témoigne d'une attitude permanente : pour être entendue, une protestation morale ne peut s'inscrire que dans un combat politique. (d'après "Daniel Mayer, un président politique pour relancer la LDH", de Martine Pradoux - in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)   

 

Leo-Hamon.jpgLéo Hamon, 12/01/1908 - 27/10/1993

Léo Hamon, né Léon Goldenberg, fils d'un médecin polonais et d'une universitaire russe, tous deux émigrés politiques, devenu avocat en 1930, adhéra à la LDH ainsi qu'au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes dès les années 1930. C'est dans la Résistance qu'il prit le pseudonyme de Hamon. Responsable du mouvement Combat en Languedoc, puis de « Ceux de la Résistance » en région parisienne, il siégea en 1944 au sein du Comité parisien de Libération. Élu sénateur MRP en 1952, il préconise une entente avec l'Union des amis du manifeste algérien de Fehrat Abbas, ce qui amène les représentants de la colonisation algérienne à l'évincer de la commission sénatoriale qu'il présidait. Exclu du MRP en 1954, il intervient le 23 décembre lors d'un meeting de la LDH, salle des sociétés savantes à Paris, pour dénoncer l'affaire des « fuites » montée notamment contre François Mitterrand. Elu membre du Comité central de la LDH en 1955, il publie notamment en juin-juillet 1955 un long article dans Les Cahiers des droits de l'homme sur " La situation Internationale », et, l'année suivante, combat vigoureusement la politique algérienne de Guy Mollet. En septembre 1958, il vote contre la position prise par le Comité central de la LDH d'appeler à voter « non » au référendum sur la constitution de la Ve république. Malgré son-désaccord avec la LDH sur les institutions et son soutien personnel au général de Gaulle, dont la LDH critiquait souvent la politique, il resta toute sa vie fier de déclarer qu'il était membre de la Ligue des droits de l'Homme. 

 

nogueres-henri.jpgHenri Noguères, 13/11/1916 - 15/11/1990

Henri Noguères, qui avait été membre de la Ligue des droits de l'Homme dans sa jeunesse au Quartier latin et y a adhéré à nouveau en 1958 pour rejoindre son combat contre la guerre d'Algérie, a été, comme président de la LDH entre 1975 et 1984, l'un des artisans de son rajeunissement, après sa relative léthargie de l'immédiate après-guerre. [...] Il interrompt ses études de droit et de philosophie pour faire la campagne de 1940 dans les Ardennes. Blessé, il est évacué et passe treize mois en Allemagne avant d'être rapatrié sanitaire. Il termine alors son droit et s'inscrit au barreau le 4 novembre 1942 où il plaide en particulier pour de jeunes communistes déférés devant les sections spéciales des tribunaux de Vichy. Militant socialiste clandestin et membre de l'antenne parisienne du mouvement de résistance Libération-sud, il entre dans la clandestinité en novembre 1943 comme chef régional du mouvement Francs-Tireurs à Montpellier. Arrêté par les SS à la veille du débarquement de Provence, il réussit à s'évader et participe aux combats pour la libération de la région Languedoc-Roussillon. Le gouvernement d'Alger l'avait chargé de préparer la mise en place dans les deux zones des émetteurs de la radiodiffusion française. À la Libération, il est nommé délégué régional du ministre de l'Information au commissariat de la République de Montpellier. [...] Éditorialiste au Provençal, il fonde en 1950 l'Agence centrale parisienne de presse (ACP) dont il reste directeur-rédacteur en chef pendant dix ans tout en participant à la fondation d'Europe n°1 en 1954. Rappelé en 1956 comme chef de bataillon de réserve, en Algérie, ce séjour de six mois conforte Henri Noguères dans ses positions anticolonialistes. Il cesse de cotiser au Parti socialiste en 1956. En mai 1958, il manifeste une hostilité active aux conditions dans lesquelles le général de Gaulle revient au pouvoir. [...] Parallèlement, il publie une monumentale Histoire de la Résistance en France. Après avoir réadhéré à la Ligue des droits de l'Homme en 1958, il devient président de la section du 3e arrondissement de Paris et membre du Comité central. [...] Elu président  de la LDH le 30 janvier 1975, Henri Noguères poursuit l'effort de renouvellement qu'avait impulsé Daniel Mayer, en suscitant le rajeunissement du Comité central et des cadres de la LDH. Il a été particulièrement attentif aux droits économiques et sociaux et à la citoyenneté dans l'institution militaire (avec l'intégration du Comité « Droit et libertés dans l'institution militaire » - DLIM - comme commission nationale de la LDH). On lui doit la fondation en 1977 de la revue Hommes & libertés, et la relance d'une politique de publications de la LDH pour mieux faire connaître son action. Après avoir quitté la présidence de la LDH en 1984 au profit d'Yves Jouffa, il a continué à y être actif, plaidant dans de grands procès concernant les droits de l'Homme, notamment au procès Barbie pour les parties civiles, pour des syndicalistes CGT de chez Citroën et Renault et pour défendre la mémoire du résistant Marcel Paul au nom de la FNDIRR. (d'après un texte de Claude Pennetier - in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)  

 

mendes-france.jpgPierre-Mendès-France, 11/01/1907 - 18/10/1982

Jeune étudiant en droit, Pierre Mendès-France fut l'un des fondateurs de la Ligue d'action universitaire républicaine et socialiste (LAURS), dont il fut en 1927, à l'âge de 20 ans, le secrétaire général. La LAURS devint en 1931 le « Cercle des étudiants de la LDH » et connut au début des années trente un rapide développement en luttant contre l'influence des « Camelots du Roi " et autres groupes nationalistes dans les universités. Avec dans ses rangs des étudiants du nom de René Georges-Étienne (qui sera, pendant un demi-siècle, l'un des dirigeants de la LDH), Jean-Pierre Vernant, Maurice Schumann ou Étienne Manac'h, elle représenta activement la LDH dans les milieux universitaires. Après avoir été combattant volontaire des Forces françaises libres, puis président du conseil d'un gouvernement qui mit fin à la guerre d'Indochine, Pierre Mendès-France resta un membre fidèle de la LDH. Dans les Cahiers des droits de l'Homme de juin-juillet 1959, le président de la LDH Daniel Mayer rend ainsi hommage à ce ligueur qui « a hérité de Jaurès et de Léon Blum la haine implacable de tout ce qui, à rencontre du progrès, est synonyme de médiocrité, d'ignorance, d'obscurantisme, et aussi de nationalisme, cette antithèse du patriotisme ».   (source : Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)  

 

Rene-CASSIN.jpgRené Cassin, 05/10/1887 - 20/02/1976

Celui qui a joué un rôle déterminant dans l'élaboration de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 fut, pendant près de trente ans, un militant de la LDH et plusieurs années, alors même que d'autres fonctions officielles l'accaparaient, un membre de son Comité central. Né en 1887 à Bayonne, il était élève du lycée Masséna à Nice au moment de l'affaire Dreyfus, trop jeune, donc, pour en suivre activement le déroulement. Mais, son milieu familial de culture juive à la fois alsacienne et sépharade, et ouvert aux idées démocratiques de la Révolution française, l'avaient préparé à prendre fait et cause pour la justice. Une fois passé son baccalauréat en 1904, c'est vers le droit qu'il se dirigea. « S'il n'y avait pas eu l'affaire Dreyfus, j'aurais peut-être choisi la carrière militaire », racontera-t-il. Après des études de droit et d'histoire à Aix-en-Provence, il obtient à Paris en 1914, à la veille de la tourmente de la Grande guerre au cours de laquelle il devait être mobilisé puis gravement blessé, un doctorat en sciences juridiques, économiques et politiques. Évacué en 1915 à la suite d'importantes blessures au bras, au flanc et au ventre, il est chargé de cours de droit à Aix-en-Provence et à Marseille, où il participe à la fondation d'une des premières associations de victimes de la guerre, l'Union fédérale des mutilés et veuves de guerre. En 1921, il adhère à la Ligue des droits de l'Homme, alors en pleine campagne pour imposer la reconnaissance des droits syndicaux et pour s'opposer aux menaces contre la CGT, et il participe aux travaux du Bureau international du travail récemment fondé à Genève sous l'égide de la Société des nations. Car il s'oppose à toute récupération nationaliste de la cause des anciens combattants et victimes de guerre, et rencontre notamment en 1921 les représentants des mutilés de guerre allemands. À la tête de l'Union fédérale des anciens combattants il mène campagne pour la réhabilitation des fusillés pour l'exemple ». En 1928, il se présente aux élections législatives comme candidat du parti radical. En juillet 1936, René Cassin a été consulté comme expert de droit international sur la question de l'attitude à adopter par rapport à la rébellion récente en Espagne. Il conclut à l'impossibilité de renvoyer dos à dos les belligérants et à la nécessité d'un soutien au gouvernement légal : « Lorsqu'il s'agit de révolte à main armée contre le gouvernement régulier de cet État (l'État républicain espagnol), reconnu comme tel par les pays étrangers, il ne saurait être question de neutralité, faute de l'existence de deux collectivités belligérantes. Les insurgés ne sont pas des belligérants ». Il ajoutait que le gouvernement français n'avait pas à prohiber les collectes et les engagements volontaires de particuliers en faveur du gouvernement régulier de l'Espagne, car « il s'agit de faits qui ne sont prohibés ni par le droit international coutumier, ni par le texte même de l'accord de non ingérence soumis par la France à d'autres puissances et agréé par elle ». À l'annonce de l'armistice, René Cassin se trouvait à Saint-Jean-de-Luz et il s'embarqua aussitôt pour Londres où, arrivé le 29 juin 1940, il rejoignit la France libre. Auprès du général de Gaulle, il fonde la commission d'étude pour les droits de l'homme, travaille au comité national provisoire d'Alger et organise le rétablissement de la légalité républicaine outre-mer et en France. Avec d'autres grands ligueurs comme Pierre Brossolette, Jean Moulin ou Pierre Mendès-France, il prend une part essentielle à l'orientation républicaine de la France libre. À Alger, il fait partie en 1943 du Comité central provisoire de la LDH (qui s'efforce notamment, non sans mal, de rétablir dans leur nationalité française les Juifs d'Algérie), et, à ce titre, il est invité au Comité central dès la Libération, où il siège effectivement, dés le 11 avril 1946, sous la présidence de Paul Langevin. En avril 1947, il pose sa candidature au Comité central de la LDH et est élu en juillet, lors de son premier congrès de l'après-guerre, représentait alors la France au sein de la commission internationale chargée, sous la présidence d'Eleanor Rooseveit, de préparer la Déclaration universelle des droits de l'homme. Malgré ses responsabilités nationales et internationales, il y a participé effectivement, à un moment où la LDH mène campagne « contre les menaces du gaullisme ». Le 6 octobre 1947, il approuve la prise de position de la LDH contre l'exécution en Bulgarie de Nicolas Petkov : « J'approuve et le souci de    justice et celui d'humanité dont la Ligue a fait preuve. Il semble que le procès ayant été public et poursuivi avec les garanties de la défense, ce n'est pas sur le plan étroit de la légalité, mais sur celui de l'intérêt des démocraties à supporter une opposition n'allant pas jusqu'au renversement du régime par des moyens illégaux, qu'il faut se placer ». Il est encore présent le 22 octobre. En décembre 1949, lors de la discussion au Comité central sur les libertés en URSS, il soutient le projet de résolution présenté par Emile Kahn et Georges Boris, contre celui défendu par Georges Gombaut. En janvier 1951, une fois réélu pour un second mandat, il fait un rapport devant le Comité central sur les projets de pactes de l'ONU. Quelques mois plus tard, le 29 octobre 1951, René Cassin rapporte à nouveau devant le Comité central sur la question de la garantie internationale des droits de l'Homme, qu'il connaît bien comme représentant de la France à la Commission des droits de l'homme des Nations unies, et qu'il juge indispensable pour que la Déclaration universelle ne reste pas lettre morte. Il compte sur la LDH pour faire pression sur les gouvernements : « La Ligue, dont c'est le rôle de défendre les droits de l'homme, ne peut par son silence être complice de ces retards. Elle doit les dénoncer,  et essayer de s'y opposer ». Le choix de René Cassin en faveur des institutions de la Ve République - puisque, vice-président du Conseil d'État, il fit partie du conseil interministériel chargé d'élaborer le projet de constitution de la Ve République, ce qui le fit s'éloigner de la position prise par la LDH - ne doit pas faire oublier que pendant plus de trente-cinq ans, il fut un militant fidèle puis un dirigeant écouté de la Ligue des droits de l'Homme dont il est devenu, en 1955, à 68 ans, au terme de deux mandats, membre honoraire du Comité central. Et en décembre 1958, lors du dixième anniversaire de la Déclaration universelle desdroits de l'homme, quelques mois après l'installation du nouveau régime, Daniel Mayer, président de la LDH, rappelait ce titre de René Cassin tout en abordant devant lui et les autres responsables officiels présents, l'affaire Audin, emblématique des violations des droits de l'Homme dont des militaires français se rendaient coupables en Algérie. René Cassin mena campagne avec la LDH pour la ratification par la France de la Convention européenne des droits de l'Homme de 1950, (que le général de Gaulle ne ratifiait pas. À Grenoble, lors d'une conférence pour la Ligue des droits de l'Homme, en janvier 1970, il s'écrie : « Votre devoir est de dessiller les yeux : la France doit ratifier la Convention européenne des droits de l'homme ». Et à Caen, un peu plus tard, toujours pour la LDH, il insiste : « Je voudrais ne pas mourir avant que la France ait ratifié cette convention. Il ne faut pas que les jeunes s'imaginent que tout ira mieux en renversant nos institutions. Il faut avoir foi dans la nature de l'homme. Faisons en sorte que la volonté humaine aille dans le sens de la construction et de l'harmonie et non pas vers la destruction et la mort ». La ratification, en 1974, avec une réserve qu'il jugeait totalement déplacée (sur l'article 25 qui permet les recours individuels) ne lui a donné que partiellement satisfaction et ce n'est qu'en 1981, cinq ans après sa mort, que la France ratifiera en son entier la Convention européenne. À ceux qui voudraient donner une image tronquée du rôle de René Cassin, Yves Jouffa, qui a présidé la Ligue des droits de l'Homme de 1983 à 1991, aime à citer les propos que le vieux juriste lui avait tenus peu avant sa mort, quand, le croisant par hasard dans un aéroport le 18 juin 1972, il lui avait dit : « Je me suis rendu ce matin comme chaque année à Colombey pour montrer qu'en juin 1940, à Londres, il n'y avait pas que des hommes de droite autour du général ». (texte de Gilles Manceron, in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004) 

 

vienot-andree.jpgAndrée Vienot, 07/06/1901 - 20/10/1976

Née en 1901 au Luxembourg dans une famille d'industriels cultivés, Andrée Vienot se consacra dans sa jeunesse à l'encadrement de séjours d'enfants. Après une année de médecine en Suisse, elle fait une licence d'économie en Angleterre, durant laquelle elle adhère au Centre d'études socialistes. En 1929, elle épouse Pierre Vienot avec qui elle vit à Berlin, puis dans les Ardennes où son mari est élu député en 1932, avant de devenir, en 1936, sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères. Pendant la guerre, dans les Alpes-maritimes, elle aide des réfugiés allemands anti-nazis et participe à la reconstruction du parti socialiste clandestin. Après la mort de son mari à Londres en juillet 1944, elle devient sous-secrétaire d'État à l'éducation nationale ets'occupe du développement des colonies de vacances et des équipements sportifs. Plus tard, elle s'opposera à la politique de Guy Mollet en Algérie et démissionnera de la SFIO : « aujourd'hui, il ne m'est plus possible de rester dans un parti dont tes dirigeants, ayant accédé au gouvernement, ont renié non seulement les promesses faites aux électeurs, mais toute leur morale et toute la tradition du socialisme et ont fini, pour dissimuler l'échec de leur politique en Algérie, par se lancer dans une guerre qui, malgré toutes les fautes de Nasser, est apparue au monde entier comme une guerre d'agression ». Elle adhère à des comités anti-colonialistes, ainsi qu'au Mouvement socialiste pour les États-Unis d'Europe, et entre en 1958 au Comité central de la Ligue des droits de l'Homme. Elle en restera une militante active, à l'échelon national et dans les Ardennes, pendant toute la présidence de Daniel Mayer et jusqu'à sa mort en 1976. (source : Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004) 

 

Leon-BLUM.jpgLéon Blum, 09/04/1872 - 30/03/1950

Léon Blum ne fut pas, avec constance, un actif militant de la LDH. Mais tout au long de sa carrière d'homme politique, il se conduisit en fidèle serviteur de la cause des droits de l'Homme. L'affaire Dreyfus et le procès d'Emile Zola, à partir du moment où Lucien Herr l'eut convaincu de l'innocence du condamné, furent l'occasion de son premier engagement dans une campagne de mobilisation de l'opinion pour tenter d'agir sur le cours des événements. Dans ses Souvenirs sur l'Affaire, publiés en 1935, il a raconté quelques unes de ses démarches pour recueillir les signatures dans les milieux d'écrivains et d'artistes. Il contribua ainsi à ce qui fut la première intervention des « intellectuels » dans un combat politique. Au lendemain du procès Zola, il publia le 15 mars 1898, dans la Revue Blanche, sous la signature qu'il utilisait habituellement pour cette collaboration, « un juriste », une longue analyse des débats de la Cour d'assises. Il énumérait avec précision « les violations flagrantes de la loi, les artifices de procédure », les points marqués par les Dreyfusards. Il terminait par ces mots: « Je crois que les esprits loyaux, réfléchis, sincères, ... seront contraints de conclure comme moi que la preuve est faite. La démonstration méthodique est faite de tout ce qu'avançait M. Zola. Son article est déjà, dans sa substance, de la vérité historique. » II avait tout de suite perçu que l'ouverture de poursuites contre Emile Zola servirait finalement, quel que fut le verdict rendu par la Cour, la cause de la vérité : les défenseurs de Dreyfus allaient avoir l'occasion de mettre en évidence pour un très vaste public l'étrange obstination du gouvernement et de l'état-major à accumuler les violations de la légalité et à s'empêtrer dans la fabrication de faux pour tenter de sauver les premiers faussaires. [...] En juillet 1937, Léon Blum avait été invité à prononcer un discours au congrès de la LDH, qui se tenait à Tours. Il s'attacha à justifier le rôle que la Ligue des droits de l'Homme avait joué dans la constitution du Front populaire et à réfuter les critiques de ceux qui considéraient que cette organisation n'aurait pas dû s'engager en faveur d'une coalition de partis dans une compétition électorale. " Les droits de la personne, dit Léon Blum, limitent la souveraineté de l'Etat républicain, mais les institutions républicaines sont la suprême garantie des droits de la personne. Si une entreprise antidémocratique, contre-révolutionnaire avait détruit les institutions républicaines ou les avait vidées de leur substance, que serait-il resté des droits de la personne, des droits de l'homme et du citoyen ? Regardons autour de nous et cherchons ce qu'il en reste dans les pays ou l'autocratie totalitaire a triomphé de la démocratie... C'est en hésitant à se jeter dans la lice que le Ligue aurait manqué à sa mission, qu'elle aurait trahi la pensée de ses fondateurs." Laffaire Dreyfus, l'Affaire comme il dit en 1935 lorsqu'il publia ses souvenirs, fut le premier engagement militant de Léon Blum. Il était alors un homme jeune, âgé de 26 ans, issu d'une famille profondément républicaine. Professionnellement, il était juriste; il venait d'entrer au Conseil d'Etat. Le combat pour Dreyfus le fit pénétrer dans le cercle des amis intimes de Jean Jaurès. Il était inévitable que ce premier épisode d'une longue activité civique laisse en lui une marque indélébile. (d'après "Léom Blum ligueur", de Robert Verdier - in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)   

 

langevin-paul.jpgPaul Langevin, 23/01/1872 - 19/12/1946

 Issu d'une famille modeste, Langevin doit son ascension sociale à l'école républicaine, pour laquelle il militera toute sa vie. Eduqué dans des écoles de la ville de Paris, il entre à l'Ecole normale supérieure en 1893 et passe l'agrégation de physique en 1897. Il part ensuite faire un stage en Angleterre pour préparer un doctorat de sciences physiques qu'il obtient en 1902. Langevin signe la pétition en faveur de Dreyfus mais c'est son seul geste d'engagement avant 1918. Au début du siècle, il se consacre essentiellement à la physique. Dès son doctorat sur les gaz ionisés, Langevin est reconnu sur la scène internationale. Son activité de recherche est intense (douze articles en 1905) et se caractérise par la variété des domaines étudiés. Il mène une réflexion théorique qui le conduit, dés 1904, a des hypothèses voisines de celles que développe Einstein en 1905 et surtout développe une théorie du magnétisme. Parallèlement à ses activités de chercheur, Langevin mène une brillante carrière professorale. Titulaire d'une chaire au Collège de France, il est aussi professeur à l'EPCI puis directeur en 1926. Il enseigne la théorie de la relativité dés 1910-1911, ainsi que les théories atomiste puis quantique. Sa facilité à faire des synthèses rapides des idées nouvelles lui valut d'être président des Conseils de physique Solvay en 1928. Pendant la Première Guerre mondiale, Langevin a mis au point un détecteur à ultrasons. En 1918, il lui paraît impossible de reprendre la recherche sans s'interroger sur les responsabilités sociales du scientifique. Convaincu que le problème social provient d'un « retard de la justice sur la science », il s'engage de plus en plus sur la scène publique, en privilégiant deux fronts, l'enseignement et la paix. Au début, Langevin mêle aisément les intérêts scientifiques et le combat pour la paix. Défiant le boycott de la science allemande, il invite Einstein à Paris en avril 1922. Membre du Comité central de la Ligue des droits de l'Homme à partir de 1923, il en devient vice-président en 1927 puis président en 1944. Président du groupe français d'éducation nouvelle en 1921, de la Société française de pédagogie en 1922, Langevin participe à la Commission de réforme de l'Ecole unique présidée par Anatole de Monzie (1925). Mais les responsabilités du militant se traduiront vite par un fléchissement de la production du scientifique. Dans les années 1930, Langevin s'engage comme beaucoup d'intellectuels en faveur des républicains espagnols puis pour la Chine contre le Japon. Surtout il s'investit dans la fondation d'une foule d'organismes : l'Université ouvrière, le Comité mondial contre la guerre et le fascisme, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. En 1938, il prend la présidence de l'Union rationaliste et fonde la revue La Pensée en 1939. En se rapprochant de plus en plus du Parti communiste français, Langevin se sépare des pacifistes, comme Alain. Antimunichois affiché, il n'adhéra au PCF qu'en 1944. Langevin fut assigné à résidence surveillée à Troyes pendant toute la durée de la guerre. De retour à Paris, en 1944, il consacre ses dernières années à la Commission de réforme de l'enseignement qu'il préside avec le psychologue Henri Wallon. Il tente d'y concrétiser son idéal d'équilibre entre « la formation professionnelle qui, dit-il, isole et la culture qui réunit ». Mais le plan Langevin-Wallon, remis au gouvernement six mois après la mort de Langevin, le 17 juin 1947, n'a jamais été mis en application. La patrie rendit néanmoins hommage à cet infatigable serviteur de la pensée et de l'action lors du transfert au Panthéon de ses cendres, avec celles de Jean Perrin, en 1948. (texte de Bernadette Bensaude-Vincent, in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)  

 

Vic-BaschVictor Basch, 1836-1944

 

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ZAY-Jean-avocat.jpgOlypia-Cormier.jpgJean Zay, 06/08/1904 - 20/06/1944

Olympia Cormier, 28/03/1880- 03/03/1945

Connu comme ministre du Front populaire, Jean Zay est moins connu comme militant de la LDH. Pourtant, c'est à 22 ans qu'il y a adhéré et - les archives de la section d'Orléans en conservent une trace précise - il a suivi régulièrement, même une fois devenu député puis ministre, les réunions de sa section. Fils de Léon Zay, journaliste, qui avait été lui-même, à l'époque de l'Affaire Dreyfus, l'un des premiers membres de la section d'Orléans, Jean Zay y entra alors qu'il était étudiant en première année de droit à Paris. Lors de sa première réunion, une vive discussion se déroula sur le problème des relations de la LDH avec le mouvement La Jeune République, d'inspiration catholique progressiste, de Marc Sangnier, important à Orléans. Le procès verbal indique : « Quelques Ligueurs émettent la crainte que notre section paraisse à la remorque du groupe de la Jeune République ». La conclusion fut néanmoins d'organiser une réunion « contre te péril fasciste » de nature à rassembler les catholiques de gauche opposés aux mouvements d'extrême droite. Au sein de la section, Jean Zay ne se fit pas toujours remarquer par des positions progressistes, voire son point de vue sur le vote des femmes en faveur duquel la LDH avait pourtant pris officiellement position dès 1909. En novembre 1926, à rencontre de l'ardent plaidoyer de la vice-présidente de la section, Olympia Cormier, institutrice, militante syndicaliste, féministe et libertaire, «le citoyen Jean Zay fait remarquer que les qualités qui manquent à la femme sont précisément les qualités politiques et notamment la raison. C'est le sentiment qui domine chez la femme. Il prétend qu'elles pourraient avoir un penchant assez marqué à juger les hommes politiques sur leur vie privée ». Tollé dans la section. Le compte rendu ajoute : " La parole est ensuite donnée à la citoyenne Cormier qui réfute, de manière véhémente, les arguments présentés ». La discussion le fit probablement évoluer car il ne s'exprima plus, par la suite, à rencontre de la position officielle. Il fut plus avisé sur les questions internationales. En 1928, alors au terme de son service militaire, il s'en prend au Traité de Versailles qui rendait l'Allemagne responsable de la guerre de 1914, prise de position qui lui vaut des sanctions à l'armée dont sa section s'émeut. En 1930, il rend compte d'un voyage en Allemagne en commentant la progression du péril nazi. Élu député radical à 27 ans en 1932, il continue à venir à la LDH. Le 10 février 1934, juste après la manifestation d'extrême droite qui avait mis en danger la République, le compte rendu rapporte qu'il « fait un récit objectif de l'émeute du 6 février. Il tient à rester dans la ligne de la Ligue ; si parfois sa phrase s'aventure dans me comaine politique, il s'arrête et d'un mot adéquat revient à la limite qu'il s'est fixée". Un peu plus tard, alors qu'il était connu aussi pour son engagement maçonnique eet qu'était distribué en section un tract du Grand Orient de France, le secrétaire note : "Olympia Cormier demande si la Ffranc-maçonnerie accepte les femmes " ; ce à quoi un  un autre Ligueur " lui répond que certaines obédiences les reçoivent ». Puis « la parole est donnée à Jean Zay. Il nous fait faire, en une heure et demie, un tour d'horizon international, faisant la comparaison entre ces deux dates : juillet 1914 et juillet 1934. Il envisage la situation sous quatre points principaux : problème franco-allemand ; désarmement et Europe centrale ; Sarre ; Autriche. L'orateur conclut n'étant ni optimiste, ni pessimiste et souhaitant l'union des démocrates pour redoubler de vigilance tant à l'égard des fascistes étrangers que des fascistes français ». Ministre de l'Education nationale et des Beaux-arts en 1936, il est de nouveau dans sa section le 29 janvier 1939 où il expose « pendant une heure et ctemte la situation intérieure et extérieure ». La réunion suivante, le 17 mars, le compte rendu rapporte qu'« Olympia Cormier demande que tes parlementaires parlent moins en réunion »... Puis ce fut la guerre. Jean Zay démissionna du gouvernement pour pouvoir être mobilisé. La défaite consommée, ayant tenté de gagner le Maroc à bord du Massilia avec notamment Georges Mandel et Pierre Mendès France, favorables comme lui à la poursuite de la guerre, tous furent faussement accusés de désertion. Après un simulacre de procès, il fut condamné à la déportation et à la dégradation militaire, peine jamais prononcée depuis l'Affaire Dreyfus ! Le 20 juin 1944, dans sa cellule de la prison de Riom, trois miliciens vinrent l'enlever puis l'assassinèrent dans les bois de Cusset, près de Vichy. Quant à la ligueuse moins connue de la section d'Orléans, l'institutrice féministe Olympia Cormier, à laquelle Jean Zay s'était souvent opposé lors des débats qui font la vie même de la LDH, déportée comme Résistante, elle ne revint jamais du camp de Ravensbrück. (texte de Gilles Manceron, in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004) 

 

Henri-GUERNUT.jpgHenri Guernut, 02/11/1876 - 28/05/1943

Orateur ironique et redoutable, esprit clair et remarquable organisateur, Henri Guernut fut secrétaire de la LDH pendant plus de vingt ans, de 1912 à 1932, assurant ainsi la transition entre les présidences de Pressensé, de Buisson et de Basch, un secrétariat fort efficace. En 1912 la Ligue des droits de l'Homme comptait environ 50.000 adhérents ; en 1932 elle sera au sommet de sa puissance (pour autant que le nombre confère la puissance) avec 150.000 ligueurs « actifs » et 180.000 « annoncés». Il était né dans une famille de paysans de la Thiérache, dans l'Aisne. Excellent élève, il obtient une bourse pour faire ses études à la Sorbonne : « philosophe par vocation, juriste par devoir », ainsi se définissait-il. Dreyfusard, il fit son apprentissage de journaliste à la Revue socialiste, au Prolétaire, à Athéna, tousorganes d'un socialisme modéré. C'est à l'École des hautes études sociales dont il était devenu secrétaire, que Pressensé qui l'avait remarqué alla le chercher en février 1912, après le décès prématuré de son prédécesseur, Pierre Quillard. Il va se consacrer tout entier à la LDH, en portant au plus haut le secrétariat général. On notera le « programme » qu'il adresse, à peine élu, à tous les présidents de section : une « administration centrale et coordonnée » (elle faisait grandement défaut), un examen rapide des plaintes par le service juridique, des « rapports d'action permanents et cordiaux » avec les sections. Bref, un programme d'administrateur professionnel qui ne l'empêche pas de multiplier les conférences. Son activité, son dévouement, lui valent très vite, à la LDH, une influence qui touche à l'hégémonie lorsque Ferdinand Buisson, fort âgé est élu président. Guernut met en route une série d'institutions qui vont marquer l'histoire de l'organisation : c'est lui qui supprime en 1920 le Bulletin officiel de la Ligue des droits de l'homme et le remplace par un mensuel tourné vers le grand public, les Cahiers des droits de l'homme qu'il dirige personnellement ; lui qui, entre 1917 et 1922, met en place le « groupe parlementaire », lieu de rencontre pour les députés et les sénateurs de toutes les organisations politiques se reclamant de la gauche, à l'exception des communistes. L'union des Gauches, le « Cartel » comme on dit alors, devient sous son impulsion la vocation politique de la LDH. Rien d'étonnant dans ces conditions s'il songe à une carrière politique. Battu en 1924 il est élu dans l'Aisne comme socialiste en 1928, puis, comme radical en 1932 : il sera quelques mois ministre de l'Education nationale au début de 1936, avant d'être battu par un SFIO lors des élections du Front populaire. Jusqu'en 1932, il parvient à cumuler - les statuts de la LDH ne l'interdisent pas - la fonction de député et celle de secrétaire général ! Il a besoin cependant d'un adjoint, ce qui n'avait pas été le cas jusque-là : c'est Emile Kahn, un militant socialiste qui lui succédera en 1932. Guernut n'est pas parvenu à faire accepter par la LDH la modification qu il souhaitait apporter à la loi sur les associations dans un sens moins défavorable aux congrégations. Mais il s'est fait, à la Chambre le champion des libertés et son intégrité lui a valu en 1934 de présider la Commission d'enquête sur l'affaire Stavisky.  (texte de Madeleine Rebérioux - in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004) 

 

BOUGLE CCélestin Bouglé, 1870-1940

Célestin Bouglé avait 24 ans quand est intervenue l'arrestation du capitaine Dreyfus, et venait, au sortir de l'École normale supérieure, d'être nommé professeur de philosophie dans le lycée de sa ville natale, Saint-Brieuc. Il prit fait et cause pour lui, ce qui lui valut bon nombre d'attaques dans la presse locale. Maître de conférence en 1898 à la faculté des lettres de Montpellier, il consacra dans Le Midi, de nombreuses conférences à l'Affaire, parfois en compagnie de Jaurès et de Prèssensé, avant d'être élu en 1909 - alors qu'il enseignait à la Faculté des lettres de Toulouse - au Comité central de la Ligue des droits de l'Homme. Devenu, dix ans plus tard, directeur de l'École normale supérieure, il y siégea toute sa vie, comme membre élu jusqu'en 1935 puis comme membre honoraire jusqu'à sa mort en 1940. Bouglé fut le plus avisé des penseurs de l'antiracisme. Dans la dénonciation de toute conceptualisation fondée sur la race et plus largement, de l'utilisation du modèle biologique en sociologie, Célestin Bouglé occupe une place essentielle bien que souvent méconnue. Depuis son article de 1897 contre les doctrines racialistes, "Anthropologie et démocratie », jusqu'à la présidence, peu de temps avant samort, du comité directeur de Races et racisme, éphémère bulletin visantà lutter contre la progression de l'idéologie raciste, Bouglé n'a jamais ménagé sa peine dans le combat pour la vérité et la dignité. Il n'est donc guère surprenant de le voir s'engager précocement au sein de la Ligue des droits de l'Homme, cédant aux exigences d'une conscience qui a entrevu dès novembre 1897, « la possibilité de l'innocence de Dreyfus » et qui condamne sans réserve, trois mois plus tard, l'attitude de ceux qui refusent la révision du procès. Les titres des articles et ouvrages qu'il publie en 1899-1900 sont particulièrement éclairants : « Philosophie de l'antisémitisme », « La banqueroute de la philosophie des races », « Les Idées égalitaires », « Pour la démocratie française ». L'auteur majeur auquel Bouglé s'oppose est Vacher de Lapouge (1854-1936), « fondateur » de l'anthroposociologie. Celui-ci, comme Gobineau, est persuadé que le simple jeu des lois de l'hérédité suffit à produire la décadence des peuples mélangés. D'où la nécessité de la procréation eugénique et celle, corrélative, de l'élimination de ce que Lapouge nomme « les dysgéniques ». La théorie sur les différences d'indice céphalique sert à séparer le bon grain de l'ivraie, c'est-à-dire les dolichocéphales des brachycéphales. C'est à la confrontation des faits interprétés par l'anthroposociologie avec les principes de la démocratie que s'est livré Bouglé. Il explique : " Pour passer de ce phénomène extérieur et simple qu'est la brachycéphalie à ce phénomène intérieur et compliqué qu'est l'idée d'égalité... il faudrait rien moins qu'une phrénologie nouvelle...On sent à quelle indétermination de pareilles tentatives d'exploration paraissent condamnées" ("Anthropologie et démocratie"). L'essentiel est dit : pour expliquer le social, le biologique n'est pas d'un grand secours. La raison en est simple : l'idée de l'égalité des hommes ne concerne pas la façon dont la nature les a faits mais celle dont la société doit les traiter. Attentif aux fondements moraux des questions sociales, Bouglé participera à l'élaboration du solidarisme en compagnie, notamment de Léon Bourgeois. Il défendra sans trêve les idéaux républicains, manifestant lors des meetings un grand courage physique. Son ardeur militante (il était radical-socialiste) le conduit à publier environ quatre cents articles dans La Dépêche de Toulouse. Il est en outre l'un des membres les plus actifs de l'équipe de L'Année sociologique autour de Durkheim. Directeur de l'École normale supérieure, il y crée le Centre de documentation sociale, important vivier déjeunes chercheurs. Bouglé constitue l'un des meilleurs exemples d'une intransigeante fidélité à des principes posant fermement la subordination du pouvoir politique aux libertés individuelles, c'est-à-dire préservant l'autonomie de la morale. (texte de Alain Policar, in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)

 

morhardt-mathias.jpgMathias Morhardt, 1863-1939

Celui que l'on peut considérer comme le premier secrétaire général de la Ligue des droits de l'Homme - Jean Psichari, qui joua un rôle essentiel pendant les mois de la fondation, démissionna de ce poste pour des raisons personnelles dès l'été 1898 - est né dans une famille genevoise. Il arrive a Paris comme correspondant de la Tribune de Genève. II entre au Temps en 1888, deux ans après Francis de Pressensé. Le milieu protestant où il a évolué peut être mis en relation avec le pacifisme profond, avec l'intransigeance aussi qui caractérisent sa personnalité et ont contribué à forger l'image de la LDH. Sa culture était au reste plus littéraire et artistique que politique au sens traditionnel du mot grand admirateur, comme Jaurès, de Puivis de Chavannes et de Rodin - il dirigea la protestation en 1898, contre le refus officiel opposé à la statue de Balzac - auteur de pièces de théâtre rarement jouées il appartient, sans jamais avoir connu la misère, à ces amants de la culture d'avant-garde peu sensibles au naturalisme de Zola. L'affaire Dreyfus oriente son militantisme vers la bataille civique. A l'automne 1898, il participe avec Pressensé aux tumultueux meetings en faveur de la révision qui  inquiètent Trarieux et Reinach. II est un des trois responsables de la LDH chez qui le gouvernement fait perquisrtionner le 1er mars 1899 et qui sont poursuis en justice pour n'avoir pas respecté l'ancienne loi sur les associations. Secrétaire général, il présente son rapport à toutes les assemblées générales, puis à tous les congrès. Il est aux côtés de Pressensé quand celui-ci est mis en cause par une partie des ligueurs : c'est pour répondre aux attaques qui visent le président qu'il entreprend en 1910 la rédaction d'un rapport, riche en faits plus qu'en phrases, sur l'oeuvre de la LDH depuis 1898 : plus de deux cent pages. En 1911, il abandonne pour raison de santé le secrétariat général : il reste membre du Comité central mais refuse la vice-présidence qui lui est offerte. C'est au pacifisme qu'il va dès lors consacrer l'essentiel de sa vie militante. En décembre 1914, il obtient du Comité central profondément engagé dans l'union sacrée, qu'il transmette au ministre de la Guerre, pour attirer son attention sur les "excès du patriotisme des militaires", un appel à la repression contre les « trembleurs », lancé par le général dOrmesson. En janvier 1916, il est un des fondateurs de la Société d'études documentaires et critiques sur la guerre, avec deux autres ligueurs : Michel Alexandre et Chartes Gide. La société dont il est élu secrétairegénéral devient un foyer d'intellectuels pacifistes. Avec Oscar Bloch ,il se dépense inlassablement dans toutes les instances de la Ligue pour obtenir qu'elle s'engage dans une étude "sérieuse", sur les origines de la guerre. Les rivalités s'aiguisent, qu'il ne fait rien pour apaiser. Au congrès de 1923, un violent incident l'oppose à Emile Kahn (qui deviendra secrétaire général en 1932). Un an plus tard il publie à la Librairie du Travail un volume de trois cent pages : Les preuves : le crime de droit commun, le crime diplomatique... C'est seulement en 1935, quatre ans avant sa mort, qu'il obtiendra l'honorariat du Comité central. (texte de Madeleine Rebérioux - in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)  

 

BUISSON FerdinandFerdinand Buisson, 20/12/1841 - 16/02/1932

Bien que Ferdinand Buisson ait douté longtemps de l'innocence de Dreyfus, cet ancien opposant au Second empire et père de l'école laïque, né en 1840, fut un des fondateurs de la Ligue des droits de l'Homme. Sous Napoléon III, jeune agrégé de philosophie, il avait préféré s'exiler en Suisse plutôt que de prêter le serment que l'Empire exigeait. Enseignant la philosophie à Neuchâtel jusqu'en 1870, il avait participé aux premiers congrès de la Ligue de la paix et de la liberté à Genève en 1867 et Lausanne en 1869. Rentré en France avec la République, il avait figuré, avec Elisée Reclus et Benoît Malon, au nombre des collaborateurs de La République des Travailleurs, éphémère hebdomadaire de la section parisienne Batignolles et Ternes de la Première Internationale ouvrière, avant d'occuper, sous la Troisième République, de hautes fonctions dans l'instruction publique, préparant avec Jules Ferry les textes qui devaient constituer la base de l'école laïque. Il a présidé la Ligue des droits de l'Homme de 1914 à 1926. En 1909, député radical-socialiste, il avait notamment été à l'initiative d'un rapport à la Chambre des députés proposant le droit de vote et d'éligibilité des femmes pour les élections municipales. Il devait obtenir en 1928, quatre ans avant de mourir, le Prix Nobel de la paix.  (in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)

 

SéverineSéverine, 27/04/1855 - 24/04/1929

Rien ne prédisposait Caroline Rémy, issue d'une famille conformiste, à devenir Séverine, figure quasi mythique de femme journaliste (plus de six mille articles de 1883 à 1929), féministe et libertaire. Sa rencontre avec Jules Vallès, comme directrice du Cri du peuple, fut déterminante dans sa haine d'une République hypocrite  qui assassine les pauvres. En fonction de sa formule "avec les pauvres, toujours, malgré leurs erreurs, malgré leurs fautes, malgré leurs crimes", elle mena campagne en 1887 pour l'anarchiste Clément Duval, sans pour autant approuver son acte, et défendit Ravachol. Elle est déjà féministe et le restera. Au lendemain de la condamnation de Dreyfus, alors qu'elle ne met pas encore en doute sa culpabilité, elle s'insurge contre la manière déshonorante dont il est traité. A partir de 1897 elle s'engage pleinement. C'est elle qui va suivre pour La Fronde, seul quotidien entièrement « composé et rédigé par des femmes », les grands procès de l'Affaire. Elle rassemblera ces chroniques dans un beau recueil de textes intitulé Vers la lumière : Affaire Dreyfus, impressions vécues. Elle adhère à la Ligue des droits de l'Homme et est élue à son Comité central dès sa fondation et lui restera fidèle jusqu'à sa mort. En pacifiste convaincue, elle n'admettra jamais la Première Guerre mondiale et fit partie, dans la LDH, à partir de 1917, de la minorité hostile à la poursuite de la guerre. Bien qu'elle se soit enthousiasmée pour la Révolution russe et ait adhéré au Parti communiste à la scission de Tours, elle choisit en 1923 la LDH contre le Parti. L'un de ses derniers combats fut, peu avant sa mort, la défense de Sacco et Vanzetti. (source : Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004) 

 

FRANCE AnatoleAnatole France, 16/04/1844 - 12/10/1924

Le combat d'Anatole France pour les droits de l'Homme commença en 1897, quand l'écrivain que son élection à l'Académie française venait de consacrer, apporta son soutien à la cause arménienne. Mais c'est l'Affaire Dreyfus, dans laquelle il prit activement part dès 1898 qui joua un rôle capital dans son évolution. Il se sépara alors de la plupart de ses amis et connaissances (il avait été hostile à la Commune de Paris) et signa au lendemain du « J'accuse ! » de Zola la protestation demandant la révision du procès. En février, il vint déposer au procès Zola et, lorsque celui-ci dut quitter la France pour l'Angleterre afin d'échapper à l'arrestation, il renvoya sa Légion d'honneur par solidarité avec Zola à qui on l'avait retirée. Il dira l'importance qu'eut pour lui l'Affaire : " Je me suis rencontré avec cette large fraction des socialistes français qui a compris que, de l'affaire d'un insignifiant capitaine juif, pouvait naître un grand mouvement social ». Membre de la Ligue des droits de l'Homme dès sa fondation, il entra en 1904 à son Comité central. Avec elle, il combattit tour à tour « le despotisme russe », les persécutions antisémites en Europe, le délit d'opinion, se prononça en faveur de l'abolition de la peine de mort et des emprisonnés politiques. Anatole France appuya la campagne laïque de la LDH en 1902-1903 et prit parti pour la séparation des Églises et de l'État. En 1905 il fut élu président d'honneur de l'Association nationale des Libres penseurs. Après la révolution russe de 1905, il soutint publiquement le parti des révolutionnaires russes, présida la Société des amis du peuple russe et entama une correspondance avec Gorki. Dès le lancement de l'Humanité en avril 1904 par Jaurès, il devint un collaborateur régulier du quotidien socialiste. Il intervint en 1907, pour Francisco Ferrer, anarchiste espagnol. En 1911, il appuya le mouvement pour la réintégration des cheminots révoqués à la suite de la grève d'octobre 1910 et intervint avec la LDH en février 1912 dans l'affaire Rousset, contre les bagnes militaires. En 1914, il défendit de nouveau les idées socialistes lors des élections législatives d'avril-mai. Ami et admirateur de Jaurès, il lui rendit hommage après son assassinat, dans l'Humanité du 2 août 1914. Le 29 juin 1917, dans un article intitulé « Pour la liberté ! » et publié dans la revue hebdomadaire, Les Nations, il dénonça la censure politique. En avril 1918, il donna une lettre de témoignage en faveur de Charles Rappoport, déféré devant le Conseil de guerre pour « propos défaitistes ». Après le verdict d'acquittement de l'assassin de Jaurès en avril 1919, il publia un article de protestation et se rendit à la grande manifestation de l'Union des syndicats et de la Fédération socialiste de la Seine. En 1919, il participa au Comité d'initiative de Clarté et signa la déclaration contre le Traité de Versailles, « Contre la paix injuste» (l'Humanité, 22 juillet 1919), contre l'intervention en Russie, "AuxTravailleurs manuels et Intellectuels » appelant à la défense de la Russie des Soviets (Le Populaire, 7septembre 1919) et contre le blocus de la Russie, « Un grand crime se commet. Nous protestons », (l'Humanité, 26 octobre 1919). Si l'attitude d'Anatole France vis-à-vis de la Russie soviétique a été de constante \sympathie, il n'adhéra pourtant jamals au Parti communiste et resta membre de la Ligue des droits de l'Homme quand le IVe congres de l'Internationale communiste avait, à la fin 1922, proclamé l'incompatibilité entre l'appartenance à la LDH et celle au PC. Son attitude vis-à-vis du bolchevisme changea d'ailleurs à partir de 1922. Le 17 mars, il envoya un télégramme au gouvernement de Moscou pour protester contre le procès imminent des socialistes-révolutionnaires et s'associa à l'appel de Gorki en faveur des accusés tout en prenant ses distances sur le fond de l'affaire. Anatole France n'est alors plus considéré comme un allié aussi sûr par le Parti. On lui demande encore, comme à quelques autres intellectuels, une déclaration de sympathie pour la Révolution russe à l'occasion du cinquième anniversaire de celle-ci ; ce fut son "Salut aux Soviets" qui paraît le 8 novembre 1922 dans l'Humanité. Mais dès l'année suivante, il s'éloigne du PC et du communisme pour se rapprocher des socialistes et des républicains de gauche. En avril 1924, Anatole France reçut pour son 80e anniversaire une consécration que peu d'écrivains connurent de leur vivant. Au lendemain de la victoire du Cartel des gauches, qu'il avait souhaitée il assista, déjà malade, à la manifestation organisée en son honneur au Trocadero le 24 mai 1924, quelques mois avant sa mort, où il prononça ses dernières paroles publiques consacrées à la défense de la paix. (texte de Nicole Racine, in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)

 

HERR-Lucien-copie-1.jpgLucien Herr, 17/01/1864 - 18/05/1926

Entré à 19 ans, en 1883, à l'École normale supérieure, Lucien Herr posa en 1887, dès la fin de ses études, sa candidature au poste de bibliothécaire de l'École, poste subalterne par rapport à la carrière universitaire à laquelle il pouvait prétendre, mais qu'il mit à profit en s'engageant vigoureusement pour le socialisme et les droits de l'Homme en devenant le maître à penser de plusieurs générations de normaliens. Socialiste bien que jamais candidat à aucune élection, il a contribué à convertir Jaurès au socialisme. C'est lui qui prit l'initiative de la première pétition pour la lumière sur l'affaire Dreyfus, à un moment où bon nombre de futurs dreyfusards croyaient encore à la culpabilité du capitaine. Ardent pacifiste, spécialiste de culture allemande, il faisait confiance à la social-démocratie de ce pays pour éviter la guerre, et ressentit le déclenchement du conflit comme une cruelle déception. Fondateur de la LDH, membre de son premier Comité central, il y resta comme membre honoraire jusqu'à sa mort en 1926. (source : Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)

 

Octave-MIRBEAU.jpgOctave Mirbeau, 16/02/1848 - 16/02/1917

On n'associe pas assez le nom d'Octave Mirbeau au grand élan dreyfusard. Il a portant joué un rôle considérable dans la lutte pour la justice et la vérité lors de l'affaire Dreyfus, en intervenant aux quatre coins du pays, souvent au titre de la Ligue des droits de l'Homme, dont il a été l'un des fondateurs, et en publiant des chroniques véhémentes, notamment dans le journal l'Aurore, où il prend à partie, pêle-mêle, le nationalisme, le militarisme, le cléricalisme et l'antisémitisme. D'opinions anarchistes, ami de Bernard Lazare, Mirbeau a été l'un des premiers intellectuels à s'engager publiquement, en particulier dans sa chronique intitulée « Chez l'illustre écrivain » paru dans Le Journal du 28 novembre 1897. C'est lui qui a pris l'initiative de la deuxième pétition dreyfusarde, publiée dans l'Aurore cinq jours après le « J'accuse ! » de Zola, qui ne se limitait pas à demander la révision de la condamnation du capitaine mais élargissait l'enjeu de la lutte. Ainsi, ce fut un tournant dans la vie de ce critique d'art qui avait été l'un des premiers défenseurs des impressionnistes et avait soutenu tout particulièrement Manet, Monet et Cézanne, de ce romancier auteur du Jardin des supplices (1898) et du Journal d'une femme de chambre (1900), de cet auteur dramatique qui a notamment écrit les pièces satiriques Les affaires sont les affaires (1903), et, en collaboration avec cet autre écrivain fondateur de la Ligue des droits de l'Homme, le directeur de la Revue blanche, Thadée Natanson, Le Foyer (1908). Le 15 novembre 1898, il écrivait dans l'Aurore : " II faut bénir cette affaire Dreyfus de nous avoir en quelque sorte révélés à nous-mêmes, d'avoir donné à beaucoup d'entre nous, trop exclusifs ou trop sectaires dans leur compréhension de la vie sociale, un sens plus large de l'humanité, un plus noble et plus ardent désir de justice ». (texte de Gilles Manceron, in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004) 

 

Emile-Durkheim.jpgEmile Durkheim, 15/04/1858 - 15/11/1917

Durkheim fait partie de ces intellectuels devenus dreyfusards par esprit de raison et de justice. Celui qu'on peut considérer comme un des pères fondateurs de la sociologie scientifique a dès juin 1898,  a créé la section de Bordeaux et en est devenu le premier secrétaire. Et son adhésion à la Ligue des droits de l'Homme a été profondément liée à sa pensée et à ses travaux. C'est en fonction du modèle d'analyse des systèmes sociaux, qu'il élaborait depuis 1880, qu'il a soutenu la cause de Dreyfus. Et il a vécu dans cette LDH, dont il a voulu la création, le type même d'action militante qui correspondait à une thèse centrale de sa recherche sociologique : désormais une société centrée sur les droits de l'Homme peut seule protéger de la barbarie. En 1898, Emile Durkheim est déjà reconnu comme le fondateur d'une sociologie qui se veut une « science » du social ; il en a déterminé l'objet propre - les structures et le fonctionnement d'une société -, les méthodes spécifiques - traiter les faits sociaux d'une manière objective -, en liaison avec des référents théoriques et conceptuels permettant de donner sens aux résultats de la recherche. [...] C'est aussi cette année-là qu'il s'engage publiquement dans l'Affaire Dreyfus et doublement : par un texte où il analyse, en liaison avec le modèle d'analyse sociale qu'il a élaboré, le désastre moral et, partant, social dont sont responsables les condamnations de Dreyfus, puis de Zola ; et par sa participation à la fondation de la Ligue pour la défense des droits de l'homme et du citoyen. Durkheim avait été très vite « personnellement convaincu » de l'innocence de Dreyfus. Lors d'une cérémonie à la Faculté, il avait fait sensation en évoquant - dés décembre 1896 - ses doutes sur le bien-fondé de la condamnation dont était victime Dreyfus. Il devient délibérément dreyfusard, non pas (selon le témoignage de son neveu Henri Durkheim, qui vivait chez lui à Bordeaux) en tant que juif, ou pour des raisons politiques, mais pour des raisons éthiques. L'iniquité de la condamnation d'un innocent est contradictoire avec la conception même du ciment social qui est la sienne, en tant que sociologue : à savoir que « désormais » la « personne humaine » doit devenir la valeur ultime qui fonde tes liens sociaux dans les sociétés modernes. Il est scandalisé, en février 1898, par la condamnation de Zola et tout particulièrement par un article publié le 15 mars dans La Revue des deux mondes par un critique littéraire connu, Ferdinand Brunetière, sous le titre « Après le procès ». S'adressant aux « intellectuels » qui, comme Zola ou les auteurs de manifestes, soutenaient Dreyfus, Brunetière s'en prenait à ceux « qui insultent grossièrement la justice et en même temps l'armée », « s'arrogent des droits qu'ils n'ont pas », « déraisonnent avec autorité sur des choses qui ne sont pas de leur compétence » et « invoquent l'esprit scientifique pour en imposer ». Les prétendus intellectuels couvrent de grands mots « l'Individualisme, la grande maladie des temps présents ». Dans une lettre adressée le 18 mars à Célestin Bouglé, Durkheim lui dit qu'il a « la démangeaison de répondre » au « plat article de Brunetière ». C'est ce qu'il fait dans un texte admirable publié le 2 juillet dans une revue à grand tirage, la Revue bleue. Il est une « question qui divise douloureusement le pays » et voici qu'« un littérateur connu » demande aux intellectuels d'« incliner leur logique devant un général d'armée », s'en prend sous le nom d'individualisme à ce qu'ils disent des droits imprescriptibles de la personne humaine. Larticle de Durkheim « l'Individualisme et les intellectuels » répond à Brunetière en identifiant quant à lui l'individualisme au respect de la personne humaine, ce « nouveau sacré » qui doit devenir le ciment social ultime. Pour lui, les « intellectuels » soutenant Dreyfus et Zola ne font que témoigner de cette « religion de l'individu » qui pose le droit imprescriptible du sujet. La mettre en question serait commettre un véritable « suicide moral ».   " Chacun de nous incarne quelque chose de l'humanité, chaque conscience individuelle a en elle quelque chose de divin et se trouve ainsi marquée d'un caractère qui la rend inviolable aux autres. La religion de l'individu ne peut donc se laisser bafouer sous peine de ruiner son crédit. Il n'y a pas de raison d'Etat qui puisse excuser un attentat contre la personne quand les droits de la personne sont au-dessus de l'Etat... On s'est demandé s'il ne conviendrait pas de consentir à une éclipse passagère de ces principes, afin de ne pas troubler le fonctionnement d'une administration publique que tout le monde, d'ailleurs, reconnaît indispensable... Un organe de la vie publique, si important qu'il soit, n'est qu'un moyen en vue d'une fin. Que sert de conserver avec tant de soin le moyen, si l'on se détache de la fin ? Et quel triste calcul que de renoncer, pour vivre, à tout ce qui fait le prix et la dignité de la vie... » On ne s'étonnera donc pas que Durkheim ait pu, dès le début de l'année 1898, faire partie de ceux qui en sont venus à vouloir que soit créée une organisation dénonçant toute atteinte aux droits de la personne. Il écrit à Hubert le 22 février que « l'organisation permanente » qui est en question ne doit pas avoir un objet « restreint et spécial, Ligue pour la révision du procès. La cause qui s'agite est trop générale et trop grave ». Le lendemain, il évoque une correspondance reçue d'Emile Duclaux et il précise à Hubert que « La Ligue est en bonne voie. On m'annonce les statuts pour très prochainement ». Pour enfin se réjouir quelques jours après, le dernier jour de février : « Je reçois à l'instant les statuts, je vous les envoie. Voyez si vous croyez pouvoir les signer et recueillir quelques signatures »... Il est clair que Durkheim a participé, depuis Bordeaux et par des correspondances avec Emile Duclaux, Trarieux et quelques autres, à la décision qui aboutit, fin février, à créer la Ligue pour la défense des droits de l'homme et du citoyen. Il faut citer, à l'appui, tout un passage de la lettre du 18 mars à Célestin Bouglé déjà citée : « Je suis un membre de la Ligue avant la lettre :j'en faisais partie avant qu'elle ne fût. Pendant le procès Zola, dont l'issue ne pouvait être douteuse, j'écrivis à Hubert pour le prier de suggérer à certaines personnalités de voir, l'idée d'une organisation permanente destinée à témoigner que nous n'abdiquions pas et à préparer l'avenir. On fit part à Duclaux à qui j'écrivis directement ; et voilà comment, il y a eu dimanche, 15 jours, les statuts furent arrêtés ». Et il ajoute : « Mais le recrutement sera laborieux... les faux braves et les faux honnêtes gens qui, dans les temps ordinaires ne parlent que de leur désintéressement et, aujourd'hui, tout en pensant comme nous, trouvent de misérables prétextes pour ne pas le dire tout haut. Mais il faut que ceux qui sont réunis se serrent les coudes. Que ce soit, du moins, le bénéfice moral de la situation ». En tout état de cause et avant même la fondation de la LDH le 4 juin, Durkheim fait du prosélytisme auprès de ses collègues universitaires Paul Lapie et Gaston Richard. La plupart des collaborateurs de l'Année sociologique, qui étaient dreyfusards, adhéreront. Quant à lui, dix mois après avoir fondé la section de Bordeaux de la LDH dont il était devenu dès juin le premier secrétaire, il écrit à Bouglé que l'organisation de la section a été certes difficile : « Mais enfin cela marche. Nous sommes actuellement entre 180 et 190 »... Lors d'un meeting de la section à Bordeaux le 6 juin 1900, le doyen de la faculté des lettres rend hommage aux actions de la section de la LDH et est applaudi lorsqu'il évoque « les discours ardents de Durkheim, qui emportent les supporters vers l'avenir»... Aussi bien, il ne convient pas d'en rester aux problèmes nationaux. Il écrit au vice-président de la LDH, Louis Havet, le 4 février 1901 pour l'inviter à   faire une conférence sur la guerre qui à cette époque oppose les Anglais et les Boers et à rappeler le droit que possède chaque homme de protéger son pays et sa famille. Car pour lui, « droits de l'homme » et « fraternité des peuples » vont ensemble... (d'après un texte de Jean-Claude Filloux, in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)

 

de PRESSENSEFrancis de Pressensé, 30/09/1853 - 19/01/1914

Président de la LDH de 1903 à 1914, Francis de Pressensé a marqué de sa flamme militante toute la première période de la LDH. Fils de pasteur, Pressensé est né en 1853 dans une grande famille du protestantisme français. Dans la première partie de son existence, il évolue dans la même sphère politique que son père, proche de Thiers et député du centre gauche en 1871. Après un bref passage dans un cabinet ministériel, il est chef de la rubrique de politique extérieure au Temps, le grand quotidien libéral et bourgeois. Si Pressensé fait alors preuve d'un certain anticonformisme, c'est pour défendre la cause irlandaise et se rapprocher de l'Eglise catholique. Il est, au début des années 1890, de ceux qui regrettent les « excès anticléricaux » de la République républicaine. L'affaire Dreyfus va arracher brutalement Pressensé à " l'édifice social et politique au milieu duquel il avait douillettement vécu jusqu'alors ». Début 1898, il envoie une retentissante lettre de soutien à Zola, et démissionne de La Légion d'Honneur pour protester contre la suspension de l'auteur de " J'accuse ! ». Il est élu membre du Comité central de la LDH à son assemblée fondatrice du 4 juin 1898. Venu des mêmes milieux politiques modérés que Ludovic Trarieux, il apporte pourtant à la LDH une touche différente, « un souffle d'alacrité guerrière, d'énergie batailleuse et d'activité fiévreuse ». Deux conceptions de la défense des droits de l'Homme se dessinent à travers eux : l'une légaliste, comptant sur l'intervention de « notables d'influence », l'autre plus militante et prête à s'allier aux fractions avancées et révolutionnaires du « grand parti républicain ». Car Pressensé se lance, et lance la LDH dès l'été 1898, malgré les réserves de Trarieux, dans une grande campagne de meetings dreyfusards. Il parcourt toute la France, et fait face aux agressions verbales et physiques des bandes nationalistes, qui tiennent le plus souvent le haut du pavé. Son courage physique, particulièrement remarquable pour un homme handicapé de rhumatisme et presque impotent, a frappé jusqu'à ses adversaires les plus acharnés. Sur le plan des idées, l'affaire Dreyfus a opéré chez Pressensé une profonde transformation. Il a vu dans l'innocent condamné le symbole et l'incarnation de toute l'injustice sociale. Il rompt avec son milieu, se « convertit » au socialisme, devient un proche de Jaurès. Quand Trarieux disparaît, le prestige de Pressensé, véritable héros du combat dreyfusard, est tel qu'il est élu à la présidence de la Ligue française de défense des droits de l'Homme et du citoyen à l'unanimité du Comité central.  La LDH est en passe ddevenir, à cette date, une organisation de masse, qui, en 1908, pourra revendiquer 90 000 adhérents. Maillon essentiel du tissu républicain, très diverse politiquement, son élément central est fourni par d'importants contingents radicaux et francs-maçons. Cette Ligue, que Pressensé définit comme « une tentative d'organisation de la Conscience française », a pour mission première de se saisir de toutes les injustices individuelles qui font de l'ordre social une sorte « d'affaire Dreyfus permanente ». Ce rôle « d'avocat censé»; des plus démunis », inauguré sous Trarieux, est considérablement développé sous Pressensé, qui s'appuie pour intervenir auprès des ministères et autorités compétentes sur le « travail de fourmi » opéré par les sections et les conseils juridiques de la LDH. Pressensé donne en même temps à l'action de la Ligue une dimension plus « collectiviste », en se saisissant des causes des travailleurs, des peuples opprimés, des colonisés, et même... des femmes. Les deux premières années de la présidence Pressensé se font sous le signe de l'union, celle du « bloc des gauches ». Elu député socialiste de Lyon en 1902, Pressensé est lui-même un membre influent de la majorité gouvernementale. Il soutient la politique anticléricale du ministère Combes, jusque dans l'affaire des fiches, où le président du Conseil et son ministre le général André sont accusés de mettre en oeuvre la délation anticatholique dans l'armée avec l'aide des loges maçonniques. On peut expliquer en partie cette position, qui lui sera reprochée, par sa vibrante et dreyfusarde hostilité aux « clercs antisémites » et aux « prétoriens faussaires ». Mais il faut faire aussi la part d'une stratégie politique qui consiste à préserver l'unité du bloc des gauches pour faire aboutir la séparation des Eglises et de l'Etat. Pressensé avait lui-même déposé en 1903 une proposition de loi qui a déclenché le processus législatif de la Séparation. Cette proposition, assez marquée par un anticléricalisme de combat, avait été soutenue par la Ligue malgré quelques remous. En 1905, Pressensé est de ceux, avec Briand et Jaurès, qui contribuent à donner à la loi définitive une tonalité plus libérale. Par la suite, Pressensé va de plus en plus rejeter une conception sélective de la défense des droits de l'Homme. C'est ainsi qu'il prend position en 1907-1908 contre la politique anticléricale menée à Madagascar par le gouverneur Augagneur, ancien maire de Lyon, franc-maçon et ligueur convaincu. Cette politique qui vise essentiellement les écoles et les missions protestantes, est jugée par Pressensé comme une violation de la liberté de penser, et surtout une atteinte aux droits fondamentaux des indigènes. L'année suivante, Pressensé « récidive », en prenant la défense des officiers catholiques de Laon, sanctionnés pour avoir assisté à une messe et à un congrès de jeunesse. Dans les deux cas, il rencontre une vive opposition au sein de la Ligue. Entre 1907 et 1911, on peut parler de quatre années de crise avec pour point culminant le congrès de Rennes de 1909. Par delà les problèmes religieux, la vraie question qui divise les ligueurs est la question sociale. Face aux mouvements des vignerons, des mineurs, des postiers, des cheminots, la répression est sévère, particulièrement vigoureuse sous Clemenceau, « premier flic de France », plus insidieuse mais non moins efficace sous Aristide Briand. Nombre de ligueurs de la mouvance radicale ou modérée mettent en cause l'anarchisme destructeur et l'antipatriotisme de la CGT. Pressensé au contraire, se déclare solidaire des travailleurs, aussi bien dans leurs revendications de la journée de 8 heures et du droit de grève des fonctionnaires, que dans leur contribution au combat pour la paix. Il est alors, avec Jaurès, un des hommes les plus attaqués de France ; battu à Lyon aux élections de 1910, il conserve la majorité dans l'association au prix du départ d'un tiers des adhérents. On est frappé par ce tempérament de lutteur, allié à la haute exigence morale d'un homme qui, disait-il, « n'avait pas fait un pacte avec la victoire, mais avec sa conscience ». Mais ce combattant était aussi un homme de réflexion. La plupart de ses choix, ceux de la lutte pour la paix contre la catastrophe européenne, ceux de la défense des prolétaires, des minorités nationales, des colonisés, des femmes, semblent marqués du double sceau de la lucidité et de la raison. (texte de Rémi Fabre - in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)

 

trarieux-ludovic.jpgLudovic Trarieux, 30/11/1840 - 13/03/1904 

Né en 1840 à Aubeterre, en Charente dans une famille aisée, le futur fondateur de la Ligue des droits de l'Homme a fait de brillantes études de droit à Bordeaux. Il est secrétaire de la conférence du stage en 1864 et consolide sa position de notable en épousant la descendante d'une riche famille de négociants bordelais. Avocat, il entame une carrière politique locale avant d'être élu à la Chambre en 1879, puis au Sénat en 1885. Républicain, certes, comme son père, mais économiquement libéral, c'est-à-dire hostile à toute intervention, à toute régulation de l'Etat, socialement conservateur à l'extrême et laïque avec modération :  il est hostile à la création générale des écoles publiques souhaitée par Jules Ferry. Bref, il siège à la droite des républicains d'où il mène en 1889 le combat antiboulangiste. Il voit chez les radicaux le cheval de Troie du collectivisme, critique les premières lois qui visent à reconnaître des droits aux salariés (Waldeck-Rousseau sur les syndicats de 1884, et Bavier-Lapierre de 1891), et il rapporte devant le Sénat en 1894, en  faveur des « lois scélérates », qui limitent notamment la liberté de la presse. Enfin, comme Garde des sceaux dans le cabinet Ribot, il s'oppose frontalement à Jaurès, le 26 octobre 1895, lors du débat sur la grève des verriers de Carmaux. Il trouve son chemin de Damas avec l'affaire Dreyfus. Hostile à tout antisémitisme, lecteur du Temps et des Débats et non de La Croix ou La Libre Parole, il a, assez tôt, dès 1895 semble-t-il, des doutes sur la régularité du procès qui s'est déroulé dans l'enceinte du Conseil de guerre en décembre 1894. Ses doutes sont levés par son ami Hanoteaux, ministre des Affaires étrangères dans le même cabinet que lui, mais réalimentés notamment par son autre ami Scheurer-Kestner : le 7 décembre 1897, il est le seul à le soutenir lorsque celui-ci interpelle Méline sur l'affaire. Les 9 et 10 février 1898, il dépose fermement et longuement en faveur de Zola. Le 19 février, il s'entretient avec quelques amis politiques - dont Yves Guyot qui en avait déjà exprimé l'idée - de la création d'une ligue qui se consacrerait à défendre les droits des individus. Le 20, il reçoit quelques intellectuels. La machine est en marche qui va conduire le 4 juin à l'assemblée de fondation d'une association. Dès lors, sa vie se confond avec celle de la Ligue. Certes, il s'agit d'abord de faire face aux attaques personnelles et à la tentative de dissolution de la Ligue pendant l'été 1898. Il justifie publiquement l'adhésion à la Ligue de l'anarchiste Sébastien Faure. Il témoigne, le 5 septembre 1899, au procès de Rennes et s'oppose plus tard à l'amnistie. Mais ce n'est pas un homme de meeting et il reste attaché de façon essentielle, comme la Déclaration des droits de 1789, à la défense des droits des personnes : les droits sociaux ne l'intéressent guère. Gravement malade, Ludovic Trarieux quitte en 1903 la présidence de la Ligue. Ceux mêmes qui, tel Francis de Pressensé, ont mis en évidence l'existence dans la Ligue de deux modes d'appréhension du civisme n'ont jamais manqué de rappeler le choix, difficile, de 1898 et la fermeté courageuse dont fit preuve Trarieux jusqu'à sa mort en 1904. (texte de Madeleine Rebérioux - in Hommes et Libertés n°128 - décembre 2004)

Ils croisèrent aussi le chemin de la LDH (cliquez sur la photo pour l'agrandir) : Alphonse Aulard (professeur à la Sorbonne, vice-président de la Ligue), Edmond Besnard (secrétaire général de la Mission laïque, membre du Comité central), Félicien Challaye (agrégé de l'Université, membre du Comité central), Alcide Delmont (avocat à la Cour, membre du Comité central), Emile Glay (membre du Comité central), Justin Godart (membre du Comité central), Jacques Hadamard (professeur au Collège de France, membre du Comité central), André-Ferdinand Hérold (homme de lettres, vice-président de la Ligue), Emile Kahn (agrégé de l'Université, membre du Comité central), Marius Moutet (membre du Comité central), Paul Painlevé (membre de l'Institut, ancien Président du Conseil, membre du Comité central),  (Joseph Paul-Boncour (membre du Comité central), Roger Picard (agrégé des Facultés de droit, membre du Comité central), Pierre Renaudel (membre du Comité central), Amédée Rouquès (chef de bureau au ministère de l'Instruction publique, membre du Comité central), Général Sarrail (membre du Comité central), Charles Seignobos (professeur à la Sorbonne, membre du Comité central), docteur Sicard de Plauzoles (professeur au Collège libre des sciences sociales, membre du Comité central), Maurice Viollette (avocat à la Cour, membre du Comité central), Alfred Westphal (trésorier général de la Ligue) :

 

  

 

 

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