Les obsèques d'Hamida Ben Sadia se dérouleront mardi 3 novembre à 11h au cimetière de Malakoff
Puis un hommage lui sera rendu à 13h à la Mairie de Malakoff
Message de Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'Homme :
Hamida est morte ce jeudi 29 octobre du cancer qu'on lui avait découvert il y a quelques mois.
Nous savions bien que cette issue était hélas probable, mais nous espérions quand même, et en tout cas nous ne l'imaginions pas si prochaine. Je revois Hamida si heureuse d'avoir pu revenir siéger le mois dernier au Comité central, je repense au courage hors du commun dont elle a fait preuve toute sa vie face à tant d'épreuves et parfois de drames. Elle portait magnifiquement nos valeurs et nos espoirs, malgré tout, sans jamais confondre la passion militante qui l'habitait avec la moindre parcelle de haine. Et je n'ai pas besoin de rappeler quelle amie elle pouvait être, nous l'avions tous appris jour après jour.
Le sentiment qu'une mort est injuste est toujours un peu absurde, mais je l'ai rarement éprouvé aussi fortement. Je vous en prie, si vous ne l'avez pas encore fait, lisez "Itinéraire d'une femme française", pour rester encore un peu avec elle et mesurer encore mieux ce que nous perdons. C'était une femme debout, qui nous faisait honneur, c'était quelqu'un de bien. Je la pleure.
Jean-Pierre Dubois.
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Hamida Ben Sadia était venue le 13 mars, à Malakoff pour présenter son livre "Itinéraire d'une femme française" et débattre sur le droit des femmes, avec son extraordinaire
ferveur, la qualité de sa présence au monde étincelante. Son énergie, son humour, sa gentillesse, sa simplicité nous avaient conquis. Elle nous avait informés de sa maladie en juin dernier.
Nous attendions son rétablissement pour poursuivre et prolonger les échanges avec elle. Le dialogue est aujourd'hui interrompu...
De la vie bordée de terribles épreuves et de souffrances qu'elle a traversée, elle nous a rendu l'exemple de la générosité, l'amour de la justice, et l'obligation de se battre.Nous
poursuivrons notre combat en sa mémoire, d'autant plus déterminés. Notre tristesse est infinie.
Nous publions ci-après l'article que nous lui avions consacré dans le numéro 3 de notre bulletin d'avril 2009 :
Le 13 mars dernier, Hamida Ben Sadia, féministe et militante des droits de
l’Homme, était présente à Malakoff : à la librairie La cabane à livres pour une séance de dédicaces et à la Maison de la vie associative pour un débat. L’occasion pour Hamida Ben Sadia
d’expliquer son engagement, qui s’est formé et forgé à Malakoff.
A partir de son expérience et de son histoire personnelle («Itiniéraire d’une femme française» chez Bourin Editeur), Hamida Ben Sadia a insisté sur le rôle essentiel de l’éducation et sur
l’actualité du combat féministe.
L’éducation est un élément fondamental dans la construction d’un individu. Mais «favoriser l’intégration, ce n’est pas se couper de sa langue maternelle. Pourquoi le fait d’être bilingue serait
un atout quand il s’agit de langues européennes et considéré comme un handicap quand il s’agit de langue africaine ?». Pour Hamida Ben Sadia, «l’éducation et le savoir l’ont empêché de sombrer
dans la violence ou l’intégrisme religieux».
Hamida Ben Sadia est aujourd’hui engagée dans le combat pour le droit des femmes (et notamment l’aménagement du droit international privé avec la mise en place d’une convention entre états pour
protéger les femmes) au sein de la Ligue des droits de l’Homme. «L’élément le plus détestable aujourd’hui dans la différence entre l’homme et la femme c’est la violence domestique, dont une femme
sur 7 souffre actuellement en France. Le combat des femmes doit s’envisager dans sa globalité, il ne faut pas segmenter les luttes. Ainsi, le parcours des fi lles issues de l’immigration doit
rentrer dans le combat général du droit des femmes. Nous devons revisiter la lutte des femmes et redonner corps à ce combat. Nous avons tous à y gagner, y compris les hommes, à voir les femmes
s’épanouir et s’émanciper».
Pour Hamida Ben Sadia, «être féministe, c’est accepter le choix des femmes». Mais ont-elles toujours le choix ? Dans tous les cas, il convient de sortir du manichéisme. Les solutions ne se
trouvent pas dans les idées toutes faites. La réflexion, les échanges de points de vue sont essentiels pour permettre de recouvrir la dignité. Car «la dignité, c’est trouver les moyens de vivre
libre».
«Le droit, encore le droit, rien que le droit, toujours le droit» telle est la devise d’Hamida Ben Sadia. Tout cela ne s’envisage qu’avec «une plus grande fraternité en apportant solidarité et
humanité à tous ceux qui en ont besoin».
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Retrouvez le reportage réalisé par HumaniTV lors de sa venue à Malakoff :
La vidéo est disponible à la page :
http://www.humanitv.fr/modules/x_movie/x_movie_view.php?cid=11&lid=7
Pour la visualiser, il est nécessaire d'avoir "firefox" installé sur votre ordinateur
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Retrouvez le témoignage d’Hamida Ben Sadia dans son livre «Itinéraire d’une femme
française». L’expérience, le vécu, les épreuves terribles traversées par Hamida Ben Sadia et sa famille, font de son «itinéraire » un point de repère très fort et convaincant qui peut aider des
jeunes filles en conflit avec leur famille, autant que les familles concernées, pères et mères, fratries, à réfléchir à la question si délicate, douloureuse, du mariage arrangé, dit «mariage
forcé», dont il faut bien saisir les tenants et les aboutissants, pour éviter les stigmatisations hâtives qui risquent d’aggraver encore la discrimination, le racisme, l’incompréhension générale.
Hamida Ben Sadia a pris le recul nécessaire pour s’exprimer avec mesure, pour éviter de grandes souffrances à tous les protagonistes de ces situations souvent tragiques.
Le livre d'Hamida Ben Sadia est disponible à la Cabane à livres, 75 avenue Pierre Laroousse à Malakoff.
Cliquez ici pour lire un extrait du livre
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A lire également :
- l'article publié sur Malakoffiot antilibéral et unitaire
- "Le combat d’une vie pour l’égalité des femmes et contre la dérive paternaliste du féminisme" publié sur OummaTV
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Hamida, 1961-2009 : « Si mon obstination à vivre fait peur, c’est que résolument j’ai choisi d’être une combattante, pas une victime.
»
Hamida Ben Sadia est décédée le 29 octobre. Membre du comité central de la LDH depuis 2007 et du bureau national depuis le congrès de juin dernier, elle a succombé des suites d’un cancer
d’une grande brutalité et d’une rapidité effrayante. Elle avait 48 ans…
Malgré l’envie qu’elle en avait, malgré la volonté qu’elle montrait lors des dernières occasions de la rencontrer où c’est encore elle qui nous exhortait à l’action, elle n’a pas mené au bout ce
dernier combat. Mais, de cette femme dont rien ni personne n’avait pu venir à bout, nous retiendrons que seule une bien cruelle maladie a pu le faire. Hamida, la tendre, la flamboyante, la
généreuse, la belle, la fonceuse nous a quitté. Hamida humaine, tellement humaine qu’elle en est morte.
Le vide est immense, et l’effroi pour tout dire gagne. Nous n’avions aucune raison de nous préparer. En quelques mois, nous, militants de la Ligue avons perdu avec Saïd Bouziri et Hamida Ben Sadia deux de nos authentiques combattants, deux de ces personnes dont on se complaît à dire qu’un jour au moins on a partagé les mêmes combats. Qui parmi nous n’a pas vécu un jour le regard noir de rage de Saïd et la colère inextinguible d’Hamida devant une injustice du monde, proche, si proche que ni l’un ni l’autre ne pouvaient imaginer que l’on puisse envisager ne serait-ce qu’un instant de ne pas continuer à combattre ?
Si la plénitude d’une vie se mesure à la douleur que laisse la mort, le souvenir d’Hamida n’est pas prêt de s’éteindre. Il nous reste la mémoire de ce qu’elle était et de ce qu’elle a fait. Et son livre, « Itinéraire d’une femme française », un livre rare, un livre unique, celui que seule une Hamida pouvait écrire.
« Je sais que la vie, le parcours de mon père et de ma mère expliquent pour une bonne part mes engagements. J’ai certainement choisi, à travers mes combats, de leur rendre hommage. Hommage à leur condition. De leur rendre justice. Ils n’étaient pas que des immigrés mais des êtres doués d’intelligence et de conscience. Ils m’ont transmis leur rage de vivre, leur goût de la conquête. Ils m’ont fait cadeau de leur amour, ont maladroitement cherché à me rendre heureuse en me mariant. Leurs conditions de vie, la misère sociale, l’exil ne sont pas étrangers aux raisons qui ont conduit à ce choix.
Alors plus encore qu’hier, pour éviter ces drames et d’autres injustices, je veux me donner les moyens de comprendre. Comprendre le monde qui m’entoure, comprendre pour mieux déconstruire les ressorts de la domination ou, plutôt, des dominations. Chercher la signification des actes, des attitudes, y compris – et surtout – de ceux qui nous semblent à première vue les plus éloignés de nos habitudes. C’est cette démarche qui m’a permis d’affronter l’adversité. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que seule ma faculté de penser me protège contre les tourments de la vie. Elle me préserve de la fuite en avant dans laquelle je pourrais, comme d’autres, m’engouffrer pour ne pas voir la réalité en face. […]
J’ai été profondément heureuse d’être élue au comité central de la Ligue des droits de l’Homme, en mars 2007, car, au fond, cela correspond bien à mes besoins de réflexion actuels. « Le droit, que le droit, rien que le droit » est la devise avec laquelle ses militants répondent aux défis du moment, parfois au détriment de leur image dans l’opinion publique mais au bénéfice de la dignité humaine. La lutte continue dans chacun des actes de ma vie. Je ne suis pas infaillible, et je ne crois pas à la chance. Je suis seulement lucide, je sais d’où je viens. Je sais aussi que mon corps ne suit pas toujours mon énergie, parfois il me lâche. La maladie m’a suffisamment visitée pour savoir combien elle nous rend fragiles et dépendants des autres. L’idée de la mort ne m’est pas étrangère, indissociable de la vie, elle ne me fait pas peur »
Communiqué de la LDH :
La France s’est dotée d’une législation égalitaire, favorable à la maîtrise de leur corps par les femmes, en matière de contraception et d’avortement. Le problème est l’écart entre les principes affirmés par la loi et leur application dans la réalité. Cet écart, qui se creuse depuis plusieurs années, est en train de s’aggraver. Dans un contexte d’économies budgétaires et de déficit de la Sécurité sociale, le choix fait par le gouvernement est celui de la fermeture de services hospitaliers considérés comme non rentables, aux dépens des patients et du service public.
L’IVG fait partie de ces actes médicaux ni gratifiants pour les médecins, ni rentables. Il est de plus en plus difficile par exemple à Paris d’obtenir une consultation, dans des délais qui sont impératifs, auprès d’un service hospitalier qui la pratique ; les femmes sont de plus en plus nombreuses à devoir partir à l’étranger pour se faire avorter, comme à une époque qu’on pouvait espérer révolue.
A qui fera-t-on croire que la fermeture du CIVG de l’hôpital Tenon, en juillet dernier, est un progrès ? Sous prétexte de rationalisation, il devrait être transféré dans un autre arrondissement, à l’hôpital Saint-Antoine, dont la maternité très réputée est d’ailleurs appelée à fermer elle aussi.
La LDH soutient les personnels de l’hôpital et le Collectif unitaire pour les droits des femmes du 20ème arrondissement de Paris, qui occupent actuellement le CIVG de Tenon pour exiger sa réouverture.
Lu dans Osez le féminisme n° 2 :
L’Office international des migrations estime que 47 à 49% des migrants internationaux sont des femmes. Si pendant longtemps ces dernières ont majoritairement accompagné leur conjoint, la
plupart d’entre elles migrent aujourd’hui de leur propre initiative pour fuir des situations de violence, de misère et trouver une situation meilleure dans un autre pays. Leur nombre a été estimé
à 50 millions par les Nations Unies en 1990.
Les migrations ont longtemps été un phénomène plus masculin que féminin : les hommes seuls avaient le droit et la liberté de voyager, de quitter leur pays. Les femmes rejoignaient leur conjoint
dans le cadre du regroupement familial et se retrouvaient souvent reléguées de fait à l'espace domestique.
La mondialisation des échanges et des mouvements de population a conduit à la féminisation des flux migratoires. Lorsqu’elles arrivent dans le pays d’accueil, les femmes migrantes sont
confrontées à des difficultés importantes, liées à leur double statut : celui de migrante et celui de femme. De nombreuses associations se mobilisent pour les défendre et sensibiliser l’opinion
sur la précarité sociale et administrative dans laquelle se retrouvent des milliers de femmes.
Femmes et migrantes : la double peine
La situation des femmes migrantes renvoie à la fois au combat pour une réelle politique d’accueil des immigrés et à la lutte des
femmes pour leurs droits. Les femmes migrantes sont en effet dans une situation de double discrimination qui a des conséquences sur tous les aspects de leur vie. Concernant l’accès à l’emploi,
d’abord, ce sont celles qui sont le plus touchées par le chômage. Elles sont reléguées dans les métiers les moins qualifiés, les moins valorisants et dans les secteurs les plus précaires. Elles
appartiennent aux catégories les plus exposées aux abus d’employeurs qui n’hésitent par à les exploiter. Beaucoup d’entres elles travaillent dans des conditions déplorables, parfois sept jours
sur sept, de jour comme de nuit, et sont soumises à des conditions de travail et d’hébergement très dures, contraire à la dignité humaine, subissant de graves brutalités/ violences
(séquestration, viol et torture).
A cette précarité sociale s'ajoute la précar ité de leur situation administrative. Lorsqu’une femme arrive sur un territoire avec son conjoint, elle peut se voir retirer ses papiers en cas de divorce. Seul cas où elle peut les garder : lorsque la violence conjugale est avérée. Lorsqu’on connait les difficultés qui persistent aujourd’hui pour déclarer et faire reconnaître les violences au sein du couple, on doute de l’efficacité d’une telle règle. D’autre part, toute personne étrangère est soumise en matière d'état civil, de régime matrimonial, de filiation, de succession, à la loi du pays dont elle possède la nationalité. C’est ce qu’on appelle le « statut personnel », règle à laquelle sont soumis les migrants, femmes et hommes. Or, bon nombre de pays n’ont pas encore atteint l’égalité dans ce domaine. Les femmes se retrouvent donc souvent dans une situation d’infériorité juridique contraire aux lois de la République.
Lorsque, dans certains cas, le conjoint peut représenter un danger pour la femme et qu’elle réussit à s’en détacher, elle se retrouve dans une situation de précarité sociale et administrative
importante.
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Des droits pour les femmes immigrées et réfugiées
Sans papiers et souvent seules dans leur combat pour la reconnaissance d'un véritable statut, les femmes migrantes n'ont souvent d'autres choix que de subir cette situation de dépendance
économique vis-à-vis d ' un employeur ou d'un compagnon. Plusieurs associations, comme le RAJFIRE, Réseau pour l’autonomie des femmes immigrées et réfugiées, luttent pour les droits des femmes
étrangères, immigrées, demandeuses d’asile ou réfugiées.
Plusieurs revendications sont portées par les associations. Elles insistent notamment sur la mise en place d’un statut autonome pour les femmes migrantes et la reconnaissance de droits
individuels, le maintien automatique du droit au séjour pour les femmes subissant des violences en cas de rupture conjugale, le droit d’asile pour les femmes persécutées et discriminées en tant
que femmes, quels que soient les auteurs de ces violences. Elles revendiquent la promulgation de lois civiles égalitaires et l'abolition des codes de statut personnels comme de leur application
en France.
Source : http://rajfire.free.fr/
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Femmes migrantes, premières victimes de la prostitution
Les femmes de nationalité étrangère représentent près de 60% des femmes prostituées sur la voie publique et environ 80% des femmes exploitées par des proxénètes. La prostitution concerne donc
très largement des femmes étrangères, victimes de réseaux criminels organisés. A leur arrivée en France, leur passeport leur est généralement retiré, remplacé par un faux, et on exige souvent
qu’elles remboursent le coût du voyage. Les plus récalcitrantes sont menacées de représailles sur les membres de leur famille surveillés dans leur pays d’origine par les réseaux liés aux
proxénètes.
Le fait que les femmes étrangères constituent une part importante des femmes qu’on prostitue semble faciliter le travail de ceux qui minorent la marchandisation du corps et l’exploitation des
femmes.
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Pour aller plus loin sur l'accès aux droits des femmes étrangères : cliquez ici
Lu dans "Osez le féminisme" de septembre
2009 :
Depuis des siècles, les habits des femmes sont l’objet de lois, de règles, d’interdits qui visent à la cacher dès qu’elle est présente dans l’espace public. La première trace d’une obligation
pour les femmes de sortir voilées date du XIIème siècle… avant Jésus-Christ. C’est en effet un roi d’Assyrie, Teglat Phalazar, qui rend le foulard obligatoire. Du XIIème siècle avant notre ère à
l’islam contemporain en passant par Saint Paul ou par les anciennes traditions sémites, on retrouve à travers les âges cette volonté de cacher la femme et plus particulièrement ses cheveux. Les
cheveux ont été considérés comme une expression de la sexualité des femmes. Ils renvoient, dans la littérature et les textes sacrés, à la toison pubienne. Or, parce que la maîtrise de son
corps et de sa sexualité est un élément déterminant de l’accès à l’émancipation et à la liberté, c’est un des domaines les plus contraints et réglé de la vie des femmes.
Au milieu d’une batterie complète de lois et d’interdits en matière de sexualité, le voile a un objectif très net. Il s’agit d’instaurer, visiblement, une différence entre les femmes et les hommes dans l’espace public et de consacrer ainsi une séparation entre les sexes, séparation que l’on retrouve dans les lieux de prières (églises orthodoxes, mosquées, synagogues…). C’est Saint Paul qui l’exprime dans son Epître aux Corinthiens au sujet du voile : « la femme doit porter la marque de sa dépendance ». Cette différenciation n’est pas neutre : elle induit une infériorité des femmes, privées d’une vie publique et cantonnées à leur rôle de reproductrices, de mères. Les femmes ne sont « libres » (non voilées) qu’à l’intérieur de la maison. A l’extérieur, elles sont considérées comme des tentatrices (à l’image de Eve, responsable du péché originel) et sont sensées, en se cachant, gérer elles-mêmes la libido soi-disant galopante de ces messieurs. Le voile consacre donc la femme comme objet sexuel et non comme une individualité à part entière, politique, sociale et capable, au même titre que les hommes, d’évoluer et de progresser dans l’espace public.
On trouve aujourd’hui des retours de cette oppression dans l’islam à travers le voile et, d’une manière intégrale dans la burqa. Mais cet outil de la domination masculine a traversé les
religions, les âges, les régions du monde. La société patriarcale a utilisé le voile pour marquer les femmes, les inférioriser et les laisser à l’écart, et pire, a parfois réussi à les convaincre
qu’elles le faisaient de leur plein gré.
Caroline De Haas
RELIGIONS ET SEXUALITES (Julie Muret)
Les religions ont toujours eu une relation de rejet et de suspicion par rapport au corps. Le plaisir charnel est condamné et particulièrement le plaisir féminin. La sexualité est uniquement
destinée à la procréation. Dans le christianisme, par exemple, Marie-Madeleine n’était pas la prostituée qu’a décrit l'Eglise mais la compagne de Jésus et sa disciple de prédilection. Sa vie et
sa relation à Jésus ont été complètement occultées par l’Eglise qui a rejeté les femmes et entériné dans le dogme les règles de la société patriarcale de l’époque. Dans la société judaïque
d’alors, la femme était un des biens de l’époux, qui pouvait la prendre puis la répudier comme bon lui semblait. Le plaisir sexuel pour les femmes était interdit : l’Eglise parlait de « devoir
conjugal ». Le corps de la femme est déclaré impur, non seulement pour l’acte sexuel, mais aussi pendant les règles et l’accouchement. Dans l’islam, le corps et la nudité sont condamnés.
Mais ce sont moins les textes religieux qui l’édictent que la coutume populaire. En effet, les hommes sont invités à s'exercer avec des prostituées avant de se marier. La virginité féminine est
glorifiée et engage l’honneur familial. Dans le judaïsme, les rapports sexuels avant le mariage sont condamnés pour les deux sexes mais la liberté sexuelle a toujours été tolérée pour les hommes
et strictement prohibée pour les femmes. A travers les siècles, les religions continuent de régenter le corps et le plaisir des femmes. Pas étonnant dans ces conditions que les tabous aient la
peau dure.
Morceaux choisis (Edwige Langevin)
Dans la Bible
La femme est responsable du péché originel. Son seul salut est la maternité, la souffrance (Genèse 3, 16 : "tu souffriras pour mettre au monde tes enfants ») et l’obéissance à son mari « L’homme
est le chef de la femme » (1 Cor 11, 3).
Dans le Coran
La femme est une possession de l’homme : "Les femmes sont votre champ. cultivez-le de la manière que vous
l'entendrez" (II, 223). Une femme et vaut la moitié d’un homme pour un témoignage (II, 282) ou en cas de
succession (IV, 12).
Le bouddhisme
Enfin, même le bouddhisme exprime cette misogynie (cité dans Le bouddha, Henri Arvon, PUF, 1972) : "Aussi le bouddha (met) ses
disciples en garde : «Il faut se méfier des femmes (…). Il est rare qu'elle dise la vérité : pour elle, la vérité est pareille au mensonge, le mensonge pareil à la vérité.»
Pour aller plus loin :
- Tirs croisés : La Laïcité à l'épreuve des intégrismes de C. Fourest et F. Venner, Calmann-Lévy, 2003.
- La condition féminine à travers les âges, de Monique A. Piettre, Marabout Université, 1976.
L’ensemble des dispositifs législatifs, des politiques publiques de prévention des violences et de défense des droits des victimes, doit inclure les femmes de toute nationalité, de toute origine, et ce, quelle que soit leur situation administrative.
Lors de la campagne présidentielle en 2007, Nicolas Sarkozy avait rappelé ce principe et suscité de vifs espoirs pour les femmes étrangères victimes de violences : « Nous ne pouvons pas accepter sur le territoire de la République un comportement moyenâgeux. À chaque femme martyrisée dans le monde je veux que la France offre sa protection, en lui offrant la possibilité de devenir française ».
Aujourd’hui, les espoirs sont déçus. Si les violences faites aux femmes suscitent de la compassion chez les hommes politiques, au quotidien, les femmes de nationalité étrangère vivant en France, continuent de rencontrer des obstacles pour se libérer des violences en raison de leur situation administrative.
Il y a bien eu quelques avancées législatives depuis 2003 mais, dans la pratique, elles ne sont pas ou peu appliquées et restent encore insuffisantes. Cette situation crée une forte dépendance administrative des femmes étrangères vis-à-vis de leur conjoint et placent certaines d’entre elles face à un odieux dilemme : continuer à subir les violences pour pouvoir rester en France ou quitter le domicile conjugal et risquer l’expulsion. Cela favorise toutes sortes d’abus, de pressions, de chantages,...
Malgré l’existence de dispositifs législatifs attribuant de plein droit la première délivrance de titre de séjour, une femme, qui a rompu la communauté de vie suite à des violences conjugales, rencontre des difficultés pour obtenir un titre de séjour. Mme T, jeune femme victime de violences conjugales avant la première délivrance d’un titre de séjour, a décidé de quitter le foyer, pour se protéger. Elle est aujourd'hui toujours sans papiers, alors qu’elle peut y prétendre, comme le prévoit la loi. Elle attend que la préfecture de Nanterre se manifeste.
La personne doit prouver les violences qu’elle a subies, justificatifs à l’appui. Les préfectures demandent des preuves matérielles des violences physiques, notamment des certificats médicaux, mais aussi un dépôt de plainte, parfois, une condamnation pénale du mari et le prononcé d’un divorce pour faute. Il est déjà difficile à toute personne victime de violences de « raconter » sa vie dans un commissariat ou une gendarmerie, il est encore plus difficile d’oser porter plainte contre son conjoint lorsque l’on est sans papier ou en situation administrative précaire.
Le préfet apprécie la situation et use de son pouvoir discrétionnaire pour décider ou non de lui renouveler son titre de séjour. Seules sont prises en compte les violences physiques. Quid des violences morales, du harcèlement, des insultes et injures, de la confiscation des documents, de la séquestration, du chantage aux papiers, des pressions concernant la garde des enfants,... ?
Pour exemple, Mme A, de nationalité péruvienne, mariée avec un français s’est vue délivrer deux cartes de séjour entre 2005 et 2007. Après avoir subi de très graves violences physiques, elle décide de quitter son mari en 2007. Depuis, la préfecture refuse de statuer sur son sort... 27 mois d’attente... 11 récépissés... Madame A. attend depuis plus de deux ans que la préfecture de Nanterre lui accorde une carte de séjour ! Qu’attend la préfecture ?
Pour les personnes algériennes, dont la situation est régie par un accord spécifique, aucune protection n’est prévue dans la loi. Et malgré des instructions ministérielles, certaines préfectures continuent à refuser le renouvellement du certificat de résidence à des ressortissantes algériennes qui quittent le foyer conjugal en raison des violences subies. Cette situation introduit une discrimination entre les personnes victimes de violences, basée sur la seule notion de nationalité.
Enfin, la loi ne prend pas non plus en considération celles qui sont unies par un PACS ou qui vivent en union libre. Pourtant, ces personnes aussi peuvent subir des violences conjugales. N’est il pas temps de combler ce vide législatif ?
La législation et les pratiques administratives vis à vis des femmes étrangères vont à l’encontre du plan triennal de lutte contre les violences faites aux femmes (2008-2010) et de la volonté affichée par le gouvernement de lutter efficacement contre ces violences.
La Cimade demande que la loi soit complétée pour assurer une véritable protection aux femmes, y compris aux ressortissantes algériennes, que les avancées législatives déjà existantes soient réellement appliquées et qu’un titre de séjour soit délivré à Mme A et Mme T.
Pour aller plus loin :
- Permanence de la Cimade Île de France pour les femmes étrangères victimes de violences (uniquement sur rendez-vous) : le mercredi de
9h30 à 13h et de 14h30 à 17h30 - Tel : 01 40 08 05 34 - 06 77 82 79 09
- L'état des lieux sur les femmes étrangères victimes de violences
conjugales
Communiqué de la LDH :
La polémique fait rage autour d’un clip vidéo, d’un rappeur dénommé Orelsan, produit par un label de musique récent, 3ème Bureau. Le rappeur est programmé le 22 avril au Printemps de Bourges. Il s’est engagé à ne pas y chanter cette chanson, délicatement intitulée Sale pute. De quoi s’agit-il ? De l’expression de la jalousie d’un garçon devant le spectacle de son amie qui le trompe avec un autre, et de ses fantasmes pornographiques et meurtriers pour la punir. Le texte est d’une telle violence que la secrétaire d’Etat, Valérie Létard, a indiqué dans un communiqué qu’elle soutiendrait les associations qui porteraient plainte contre le rappeur et se constitueraient partie civile.
Ce texte renvoie des femmes et des rapports entre les hommes et les femmes une image écœurante. On a malheureusement l’habitude. Il y a peu, RSF prétendait défendre la liberté de la presse en montrant l’image d’une Marianne ensanglantée, ainsi légendée : « Elle l’a bien cherché », il fallait comprendre qu’elle méritait d’être battue parce qu’elle ne défendait pas la bonne cause. La doxa comporte encore, au XXIe siècle, l’idée effarante que l’homme a le droit de taper sur sa femme parce qu’il est le plus fort.
Comment répondre ? D’abord on peut déplorer la manipulation médiatique, très répandue, qui consiste à faire scandale pour obtenir la notoriété. Ainsi l’allusion « finement » glissée au meurtre de Marie Trintignant cognée contre son radiateur renvoie directement à un autre événement médiatique ; elle est rentable. La polémique elle-même lui est utile, le mal est fait. Et c’est un mal parce qu’il est dangereux que des adolescents se mettent à rêver sur des mots pareils. Il faut s’interroger sur une société qui promeut et récompense une prose aussi haineuse, qui exprime un sexisme primaire. Pourquoi ? Parce que cela rapporte. C’est un marché avec une offre et une demande, des enjeux financiers, et rien ne se vend mieux que la violence. Comme un Dieudonné, Orelsan aura du succès en construisant dans la haine une complicité avec son public et en mettant la misogynie au goût du jour.
La LDH n’est pas favorable à une démarche juridique. Un artiste qui parle de désir de meurtre d’une femme ? On raconte l’histoire effroyable de Barbe-bleue aux enfants. De la pornographie sadique ? Le marquis de Sade, qui a donné son nom à la chose, se montrait autrement inventif et raffiné en matière de pornographie et de violence, et ses livres figurent tranquillement sur les rayons des bibliothèques : notre culture regorge de violences contre les femmes. Non seulement nous sommes opposés à toute censure en matière artistique, mais cette œuvre ne présente probablement pas de caractère illégal. Interviewé, le rappeur explique d’ailleurs que c’est une fiction, qu’il a joué le rôle d’un personnage rendu fou par la trahison. Reste que la responsabilité du site You Tube et du producteur sont engagées, que la chanson est toujours exploitée et que d’autres textes du même contiennent des paroles du même acabit.
La vraie question, qui n’est pas une affaire privée mais une affaire politique, c’est qu’en France une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint et qu’il faut lutter contre
les violences faites aux femmes. Il nous faut une vraie loi, pas du bricolage mais une loi-cadre. Nous appelons les parlementaires et les pouvoirs publics à la mettre en œuvre : c’est sur ce
terrain-là que la lutte sera efficace.