Editorial du Monde du 04/11/09 :
Au pays de Claude Lévi-Strauss, où on juge qu'il n'y a rien de plus urgent que de débattre de l'identité nationale, on discrimine tranquillement, et souvent impunément, en fonction des origines "
ethniques ". Le rapport rendu public par SOS-Racisme, mercredi 4 novembre, met en lumière
d'incroyables et honteuses pratiques discriminatoires dans le domaine de l'emploi et du logement. Malgré une législation de plus en plus sévère - le fichage ethno-racial est interdit par la loi
depuis 1978 - et une vigilance quotidienne de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), créée en 2004, ces tristes fichages perdurent.
Il y a un an, le 13 novembre 2008, le délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d'outre-mer, Patrick Karam, a signé une convention avec SOS-Racisme pour traquer ces pratiques de " fichage territorial ou ethnique et les discriminations à l'embauche " qui pourraient en découler. Une initiative bienvenue. Avec l'aide de l'Etat, l'association a pu agir plus efficacement, convaincre des victimes de discriminations de se porter partie civile, sortir de l'ombre des dossiers qui s'enlisaient et même rouvrir certaines affaires. SOS racisme a ainsi demandé au parquet de Strasbourg de revenir sur un non-lieu prononcé en 2008 envers une agence immobilière qui retenait uniquement des locataires français et métropolitains.
Au-delà de ces résultats, réels mais modestes, SOS-Racisme dresse un état des lieux accablant des discriminations en France, dévoilant des pratiques qu'on croyait définitivement proscrites. Ici, une entreprise s'est livrée à un classement " ethnique " de ses intérimaires, la mention BBR (bleu-blanc-rouge) étant réservée aux seuls Blancs. Là, à l'OPAC de Saint-Etienne, les locataires de ses HLM étaient classés en trois catégories : Maghreb, Afrique, Asie. Ici encore, sur le site Internet de recrutement du cabinet Huxley, les candidats résidant en France devaient cocher une des cases suivantes : " Black caribbean ", " Blackother ", " Asian " ou " White ".
En dénonçant ces discriminations, le rapport de SOS-Racisme est salutaire. Mais il souligne la difficulté qui demeure à les réprimer, surtout quand elles éclosent sur la Toile. L'association évoque la frilosité de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), de l'inspection du travail et des magistrats. Au titre d'une convention de 2007, ces derniers devaient suivre une formation sur les discriminations qui n'a jamais eu lieu. Pour lutter contre ces tristes fichages, il faut des moyens, or ceux-ci sont loin d'être à la hauteur.
Lu dans Le Monde du 03/11/09 :
Alors que les 3 précédentes années avaient été marquées par une diminution régulière des actes racistes, xénophobes et antisémites portés à la connaissance des autorités, l'année 2008 a marqué un
brutal renversement de tendance. Cet accroissement de la violence est surtout sensible en matière de racisme et de xénophobie : 467 actes et menaces ont ainsi été enregistrés en 2008 contre 321
en 2007, soit une augmentation de 45,5 %, selon le dernier rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH).
Cette évolution est d'autant plus " alarmante " pour la Commission que la gravité de ces violences s'accentue. Les actions violentes ont ainsi connu en 2008 une hausse (+ 59 %) plus importante que celle des menaces (42 %).
En matière de racisme, on assiste clairement à une montée en puissance de la violence : les auteurs ne se contentent plus de menaces et d'insultes, ils passent à l'acte. Et ce constat tend à se confirmer d'année en année.
Paradoxalement, l'opinion suit une tendance inverse, témoignant d'une tolérance accrue à l'égard des émigrés et des personnes d'origine étrangère. Selon le sondage réalisé chaque année par l'IFOP pour la CNCDH, 52 % des personnes interrogées en 2008 se déclaraient " pas raciste du tout ", soit une progression de 4 points par rapport à 2007.
Plus significative encore de ce reflux de l'intolérance déjà constaté en 2006 et 2007, la décrispation des attitudes à l'égard des étrangers : la proportion des personnes qui pensent qu'il y a trop d'immigrés en France est ainsi en très nette diminution (39 %, soit une baisse de 10 points).
Cette adhésion croissante, sur le plan formel, aux valeurs républicaines de tolérance, de respect de l'autre, d'universalisme, n'empêche pas cependant certaines entorses. Ainsi, 65 % des personnes interrogées considèrent que des comportements peuvent " expliquer " des réactions racistes (+ 6 points par rapport à 2007). Et 48 % expriment le sentiment que ce sont les personnes d'origine étrangère qui ne se donnent pas les moyens de s'intégrer.
Les étrangers ne sont plus tant montrés du doigt de façon collective. Mais, pris individuellement, les comportements de certains, ceux qui ne jouent pas le jeu de l'intégration et paraissent
profiter du système, peuvent susciter des réactions de rejet. Pour la CNCDH, ces résultats montrent si besoin en était que la lutte contre le racisme reste nécessaire en France, et qu'aujourd'hui
elle doit d'abord prendre la forme d'une lutte contre les préjugés et les stéréotypes.
Communiqué de la LDH :
La Ligue des droits de l’Homme se félicite de la décision rendue par la 17ème chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris condamnant Dieudonné M’Bala M’Bala à une amende de 10 000 € pour injure raciale, et recevant sa constitution de partie civile.
Les juges ont constaté l’intention manifestement antisémite de Dieudonné lorsqu’il fait monter sur scène Robert Faurisson, chantre du négationnisme, en clôture de son spectacle au Zénith à Paris, le 26 décembre 2008, afin de lui rendre hommage et de le faire applaudir.
Le jugement relève par ailleurs que la mise en scène, consistant à faire remettre un prix à celui qui s’est fait connaître en contestant l’existence des chambres à gaz et la réalité du génocide des Juifs, par un acteur déguisé en déporté juif, participait à l’expression outrageante et méprisante.
En faisant passer pour une victime incomprise le « faussaire de l’Histoire » et en simulant la repentance des Juifs à son égard, Dieudonné a franchi un nouveau cap dans l’ignoble.
La Ligue des droits de l’Homme, partie civile à ce procès, espère qu’ainsi cette décision ouvrira les yeux à celles et ceux qui croient encore que Dieudonné est un artiste persécuté.
A ce titre le tribunal n’a pas manqué de souligner que sa prestation au Zénith n’avait suscité aucune hilarité. Il est vrai que cela fait bien longtemps que Dieudonné ne fait plus rire.
Lu sur le blog Citoyens en Liberté :
Sur commande d’ENAR Europe, ENAR-France a publié son rapport alternatif 2008 sur le racisme en France. Ce rapport offre la
perspective de la société civile sur les réalités du racisme en France et couvre les multiples aspects du racisme et de la discrimination aux niveaux législatif et local, de la politique à la
pratique. Ce tour d’horizon montre qu’en 2008 le racisme est toujours à l’oeuvre en France justifiant plus que jamais une large mobilisation pour le combattre.
Lu sur Nouvelobs.com du 28/09/2009 :
Une attestation après un contrôle de police ? C'est ce que proposent plusieurs associations de défense des droits de l'homme afin de mesurer l'ampleur du phénomène de contrôle au faciès.
Lors d'un contrôle d'identité à Toulouse (Sipa)
Nous voulons qu'il y ait une attestation qui puisse être remise à chaque fois qu'il y a des contrôles" a expliqué le président du Cran, Patrick Lozès, contacté lundi 28 septembre par le
Nouvelobs.com. "Un contrôle d'identité n'est pas anodin" a-t-il affirmé, reconnaissant un "véritable problème de contrôle au faciès", contre lequel "aucune action politique n'est encore engagée".
"Le modèle des attestations a été développé aux Etats-Unis dans l'Illinois, lorsque Barack Obama était encore sénateur, et le nombre de contrôle abusif à considérablement réduit" précise le
président du Cran. Soutenue par la Ligue des droits de l'homme (LDH), le Cran et d'autres associations, cette attestation préciserait la
date, le lieu, et l'heure du contrôle. Elle identifierait le contrôleur et le contrôlé.
Identifier les policiers
Un "outil statistique" selon les associations, qui pourrait être utilisé afin de mesurer l'ampleur du phénomène des contrôles au faciès. Le système d'attestation permettra une identification
individuelle des policiers concernés, "par un numéro visible", afin de les "responsabiliser" tout en préservant leur anonymat. "Il ne s'agit en aucun cas d'une remise en cause du travail des
policiers, cette mesure permettra aussi de défendre les droits des fonctionnaires contre les accusations calomnieuses" a précisé Patrick Lozès. Le Cran suggère aussi la remise, lors de chaque
contrôle, d'une brochure qui préciserait les droits des policiers et ceux des personnes contrôlées, dans plusieurs langues.
Le quotidien des policiers
"Il y a un climat de suspicion dangereux entre les citoyens et les policiers" a estimé Patrick Lozès. Une enquête dévoilée en juin et menée à Paris par deux chercheurs du CNRS et l'organisation
Open Society Justice initiative révèle que les personnes perçues comme "arabes" ou "noires" ont respectivement sept et 11 fois et demie plus de chance d'être contrôlées que les "blancs".
Face au "climat de défiance" qui s'est développé entre policiers et "minorités visibles", "il faut aller au dialogue" avec la Police nationale, a prôné Malik
Salemkour, vice-président de la LDH. Les policiers, dont les populations ont "besoin", "doivent aussi nous expliquer ce qu'est leur quotidien", a déclaré Patrick Lozès. Le projet
d'une attestation fait partie d'une liste de propositions que ces associations comptent présenter lors d'un colloque mardi à l'Institut national des hautes études de sécurité (Inhes), à
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Communiqué de la LDH :
Samedi 5 septembre, à l’Université d’été de l’UMP, un jeune Maghrébin prénommé Amin se fait prendre en photo avec le ministre de l’Intérieur, ex-ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale. Une militante UMP précise, sans doute pour rassurer le ministre : « lui, il mange du cochon et il boit de la bière.» Monsieur Hortefeux répond : « Il ne correspond pas du tout au prototype »… et ajoute tranquillement : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ».
Selon le cabinet de Brice Hortefeux, ces propos ne visaient que… les Auvergnats. Il est vrai qu’en janvier dernier, lorsque le même ministre avait fait remarquer aux journalistes qu’il n’était « pas évident » que Fadela Amara soit sa « compatriote », il avait déjà soutenu qu’il ne parlait que de leurs attaches auvergnates. Le préfet Girod de Langlade, sanctionné il y a quelques jours à la demande de monsieur Hortefeux pour avoir trouvé qu’à Roissy on ne voyait que des Noirs, aurait dû prétendre qu’il ne visait que des Bretons ou des Alsaciens… d’autant plus que lui ne risquait pas d’être démenti par une caméra indiscrète.
On sait que depuis deux ans la « rupture » avec la tradition républicaine passe souvent par une parole publique « décomplexée ». Mais mesure-t-on les effets de ces dérapages répétés sur l’image du politique et sur le vivre ensemble ? On peut déjà être pénalement sanctionné dans ce pays pour avoir cité une injure proférée en public par le président de la République. Que répondrons-nous à ceux qui construisent leur fonds de commerce électoral en répétant qu’il y a trop d’Arabes en France, que l’Islam n’est pas compatible avec la République et que tous les SDF devraient accepter de manger de la « soupe au cochon » ? Qu’ils n’ont rien compris à ce qu’en pense le ministre de l’Intérieur ?
La LDH s’inquiète des conséquences de ce triste dérapage pour les victimes présentes et à venir du racisme… anti-auvergnat.
Brice Hortefeux : premier délinquant de France ?
Les mots sont là, audibles par tous et si clairs. Ils ressemblent si exactement à ceux que l'on entend parfois dans la bouche de quelques xénophobes ordinaires.
Cette peur de l'autre est un fléau social, mais quand elle est véhiculée par un ministre elle devient une idéologie dangereuse. Heureusement, notre droit français sanctionne les auteurs des infractions de discrimination raciale.
Car ces propos constituent sans doute une provocation à la haine raciale qui, lorsqu'elle est faite dans un lieu public, comme cela semble être le cas, peut être sanctionnée par un an de prison et 45 000 euros d'amende. Les associations, dont les statuts le permettent, ont maintenant trois mois pour porter plainte et agir devant le tribunal correctionnel du lieu du délit. Je les y encourage car il n'y a pas de raison que quiconque, et a fortiori un ministre, ne réponde pas de ses actes devant la justice.
En outre, si Brice Hortefeux apporte toutes sortes d'explications compliquées, il oublie simplement de se défendre de racisme et continue de laisser planer le doute. C'est profondément
nauséabond. Il doit regretter ses paroles et condamner formellement toutes les formes de discriminations. D'ores et déjà, il ne peut plus être considéré comme un ministre de la République.
Extrait de la dépêche AFP du 31/07:09 :
Sidney Poitier, Harvey Milk, Desmond Tutu, Muhammad Yunus figurent parmi les personnalités honorées cette année par la Maison Blanche en se voyant attribuer jeudi la Médaille de la liberté, la
plus haute distinction civile américaine.
Une quinzaine de personnalités américaines et internationales, certaines à titre posthume, recevront la "Médaille de la liberté". Elles sont distinguées par le président Barack Obama pour leur travail "en tant qu'agent de changement".
"Parmi leurs réalisations dans des domaines aussi différents que les sports, les arts, la science, la médecine et la politique, ces hommes et ces femmes ont changé le monde pour le meilleur", a indiqué jeudi un communiqué de la Maison Blanche.
La cérémonie de remise de ces décorations aura lieu le 12 août.
Parmi les personnalités distinguées, Sidney Poitier, 82 ans, le premier acteur noir à obtenir un Oscar côtoiera Sandra Day O'Connor, la première femme juge à la Cour Suprême, ainsi que le sénateur Edward Kennedy, élu du Congrès depuis 46 ans, le Nobel de la Paix sud-africain Desmond Tutu et Mary Robinson, la première femme présidente d'Irlande.
Le banquier des pauvres, Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank est également distingué ainsi que l'astrophysicien britannique Stephen Hawking et, à titre posthume, le pionnier des droits des homosexuels, Harvey Milk, tué en 1978.
"Ces prestigieux hommes et femmes viennent de tous les horizons (...). Pourtant ils partagent un même trait: chacun d'entre eux a été un agent du changement. Chacun a contemplé un monde imparfait et s'est attelé à l'améliorer, souvent en surmontant d'immenses obstacles le long de la route", a déclaré le président Obama.
Lu dans Le Monde du 30/06/09 :
La "racialisation de la société française" est-elle en marche ? Convaincus que les travaux du Comité pour la mesure et l'évaluation de la diversité et des discriminations (Comedd) mis en place en
mars sous l'égide du gouvernement par le commissaire à la diversité, Yazid Sabeg, portent en germe ce risque, 22 chercheurs et universitaires de disciplines diverses se sont réunis pendant deux
mois au sein d'une contre-commission : la Commission alternative de réflexions sur les "statistiques ethniques" et les discriminations (Carsed). Le fruit de ses travaux, un ouvrage collectif
titré Le Retour de la race (éd. de L'Aube), a été présenté lundi 29 juin.
C'est la composition même du Comedd, partiale selon eux, qui a poussé ces universitaires à se réunir. "Le choix des membres du Comedd semble avoir été motivé par le seul critère d'une position
ouvertement favorable aux statistiques ethniques", assurent-ils.
Une affirmation à nuancer : chargé d'"évaluer les dispositifs et outils nécessaires à l'observation et à la connaissance de la diversité et des discriminations en France", le Comedd réunit des personnalités de sensibilités différentes sur le sujet. La CGT ou la Ligue des droits de l'homme (LDH), pour ne citer qu'elles, ont des positions prudentes sur la question de la mesure de la diversité. Et c'est pour réussir à produire un rapport solide, mais aussi "le plus consensuel possible", que François Héran, le président du Comedd, a décidé de remettre son travail mi-septembre et non fin juin comme prévu initialement.
Avant d'être un support de propositions alternatives, le "contre-rapport" cherche à dénoncer le "leurre" de la réflexion engagée au Comedd. "La mesure statistique de la "diversité" (est) un euphémisme derrière lequel se cache désormais l'intention de produire des statistiques de l'ethnicité", affirment dans leur introduction les chercheurs parmi lesquels figurent la philosophe Elisabeth Badinter, les démographes Hervé Le Bras et Alain Blum, le sociologue Jean-François Amadieu.
Or soutiennent-ils, "en développant une vision de la société durablement fragmentée selon les critères d'origine, donc figés", une telle classification ethnique, "aboutit à terme à la fragmentation et à la concurrence entre "communautés" avec chacune ses lobbies, ses victimes, ses exclusions, son entre-soi, sa solidarité limitée aux membres du groupe alors que l'Etat républicain a la mission de l'assurer pour tous". Ils insistent sur un fait : si, "dans certaines discriminations, une composante raciste est présente, dans la plupart, l'influence des inégalités est déterminante".
Selon eux, "au lieu de s'acharner ou de fantasmer sur la construction d'une mesure illusoire", le gouvernement devrait se saisir de la question des moyens existants pour réduire les discriminations, tel le CV anonyme, dont les décrets d'application ne sont toujours pas sortis.
De même, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) devrait, selon la contre-commission, voir ses pouvoirs renforcés, "pour pouvoir par exemple mener des opérations de testing à assez grande échelle".
En somme, ce qui manque aujourd'hui, assurent ces chercheurs, c'est avant tout "une volonté gouvernementale".