Communiqué de la Fédération nationale de la Libre Pensée :
La Fédération nationale de la Libre Pensée se félicite de l’adoption par le Parlement de la loi permettant le mariage pour tous. Elle enregistre que le Conseil Constitutionnel n’a pas fait obstacle à cette mesure législative.
Le soutien de la Libre Pensée à cette mesure s’explique par sa volonté de mettre en œuvre les principes d’égalité. Ou les droits sont les mêmes pour tous, ou il n’y a pas d’égalité en droits, comme le stipule la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789.
La force de la Révolution française et des principes de la République ont fait que nous n’avons pas eu à faire à une revendication communautariste, c’est-à-dire des droits différents pour une communauté différente. Ce qui aurait pu amener à une confrontation dans le pays.
Il ne s’agit pas du « mariage gay » comme l’ont appelé les forces de la réaction coalisée, il s’agit d’un droit identique pour tous. Au contraire, la revendication portée par l’Église catholique, les autres religions monothéistes et tout le ban et l’arrière-ban de la droite cléricale, en réclamant « une union civile » différente du mariage, était une revendication communautariste, qui aurait débouché sur des droits différents. Cela aurait provoqué des conflits entre citoyens, car il y aurait eu une source d’inégalité patente.
La Liberté, c’est l’Égalité !
Une fois franchi ce premier pas décisif, il convient que la République aille jusqu’au bout du principe d’égalité. Le droit à l’adoption doit être le même pour tous, quelle que soit la composition
de la famille.
La Procréation Médicale Assistée (PMA) doit être ouverte à toutes les femmes quelles que soient les personnes qui constituent les couples. Son corollaire égalitaire, pour les hommes doit être aussi la Gestation Pour Autrui (GPA).
La Fédération nationale de la Libre Pensée récuse les arguments fallacieux sur la « mercantilisation » du corps des femmes en cette matière. Il suffira d’encadrer la GPA par les mêmes critères légaux que pour le don du sang, le don d’organes, les greffes ; pour interdire toute marchandisation.
Communiqué de la Ligue des droits de l'Homme :
Bars gays saccagés, « chasse à l’homo », organisation systématique d'affrontements avec les forces de l’ordre, prise à partie personnelle des parlementaires, débats publics sabotés… La protestation contre le mariage pour tous, veut faire prévaloir la force sur le débat parlementaire, et sur le respect des engagements pris devant les électeurs. Elle recourt aux pires méthodes, et révèle son mépris du processus démocratique et l’homophobie qu’elle prétendait dissimuler, sous couvert de la « défense des familles ».
La Ligue des droits de l’Homme, qui a toujours soutenu le droit au mariage pour tous et l’adoption, sans considération de l’orientation sexuelle, comme des avancées fortes de l’égalité des droits, condamne avec force cette explosion calculée de violences. S'il est normal que les enjeux de société fassent débat, que les craintes et les refus s’expriment, et que la protestation s'inscrive dans l’espace public, en l’espèce, il s’agit de tout autre chose. Les organisateurs de ces manifestations construisent le cadre idéologique qui légitime les violences perpétrées contre les biens et les personnes. Ils fournissent un espace d’accueil et de rencontre à divers courants politiques et religieux de droite, historiquement marqués par leur haine de l’égalité, de la liberté et de la République. Cette stratégie de montée de la violence s’exprime également au sein de l’Assemblée nationale ; l’opposition marque ainsi son dépit, mais aussi sa disponibilité à des alliances sulfureuses, enjeux électoraux obligent.
La Ligue des droits de l’Homme s’inquiète de la conjonction de cette radicalisation avec la fragilisation politique induite par les suites de l’affaire Cahuzac. Elle demande au gouvernement de prendre conscience de l'exaspération de la population, toujours en attente des mesures de justice sociale et de rénovation éternellement remises à plus tard. Elle invite le président de la République et le gouvernement à en prendre la juste mesure, et demande aux citoyennes et citoyens de continuer à se mobiliser pour la légalisation du mariage pour tous. Au-delà, la Ligue des droits de l'Homme appelle à la plus grande vigilance face à toutes les provocations visant à affaiblir la République et délégitimer la représentation nationale.
L'Inter-LGBT dénonce la rhétorique guerrière et l'instrumentalisation du débat à des fins politiques des opposants au mariage pour tous
L’Inter-LGBT tient à exprimer son malaise devant la tournure que prend le mouvement d’opposition à l’égalité des droits en France. Dimanche dernier la manifestation anti-égalité a connu des débordements et faisait état, selon un communiqué des Sociétés de journalistes de plusieurs médias, d’une « ambiance délétère ». Depuis des mois, la mobilisation contre ce projet de loi d’égalité s’est construite sur la peur de « l’autre ». Elle n’a cessé de faire appel à des stéréotypes et des fantasmes autour notamment des familles homoparentales, et des enfants vivant dans ces familles que la très grande majorité des opposants à ce projet de loi n’ont jamais rencontré.
Une "dialectique guerrière" entretenue par les opposants au projet de loi
La communication des organisateurs est de plus en plus radicale, guerrière et légitime le recours à des actions violentes et anti-démocratiques dont ils disent ne pas vouloir assumer la responsabilité. Nous sommes en droit de nous demander contre qui et contre quoi ces manifestants sentent la nécessité de rassembler « une grande armée ». Serait-ce contre les enfants des familles homoparentales ? Contre les homosexuels qui s’aiment et veulent voir leur amour reconnu par la société ? L’Inter-LGBT ne cesse de le rappeler : cette loi n’enlèvera aucun droit aux familles hétéroparentales et aux couples hétérosexuels. Elle permettra par contre aux familles homoparentales, à leurs enfants et aux couples homosexuels de bénéficier de plus de sécurité face aux aléas de la vie. Elle ne définit pas une nouvelle norme, elle prend en compte la diversité des structures familiales existantes. Faut-il voir dans cette opposition de plus en plus virulente et irrationnelle l’expression d’un rejet viscéral de la diversité ?
L’Inter-LGBT et ses alliés défendent toutes les familles et tous les enfants, sans exclusion
L’inter-LGBT n’a eu de cesse d’être dans un dialogue constructif, inclusif. Il s’agit pour elle de défendre tous les couples, toutes les familles, tous les enfants – et d’expliquer concrètement la situation des couples et des familles homoparentales, les obstacles et les difficultés qu’ils/elles doivent affronter dans l’état actuel du droit français. Ces échanges, cet effort de pédagogie – que l’inter-LGBT a notamment déployé lors des auditions parlementaires à l’Assemblée Nationale et au Sénat – guide l’action de nos associations. Elles n’y dérogeront pas, quelle que soit la virulence et la rhétorique employées par leurs contradicteurs.
Face à l’instrumentalisation politique des débats, le Président de la République doit rappeler publiquement sa fierté de porter un texte utile à la société, progressiste et humaniste
L’Inter-LGBT note que la manifestation anti-égalité du 24 Mars s’est éloignée ostensiblement des propos même du projet de loi “Mariage Pour Tous” pour mobiliser plus largement contre le gouvernement français. L’Inter-LGBT déplore l’instrumentalisation de ce sujet par l’opposition parlementaire et par les organisateurs de cette manifestation – à des fins uniquement politiques. Les LGBT, leurs enfants, familles, amis et proches refusent d’être pris en otage par un mouvement de plus en plus politisé et par des responsables politiques qui trouvent là un prétexte inespéré pour se refaire une santé au détriment des principaux concernés. Elle enjoint le Président de la République de refuser de céder aux chantages proférés à des fins partisanes par les adversaires du projet de loi pour rappeler avec force que ce texte est porteur de progrès pour les LGBT, pour leur famille mais aussi pour la société française dans son ensemble. Seule la devise de la République doit guider l’action publique : Liberté – Egalité – Fraternité. Pour que les LGBT et leurs enfants soient enfin considérés comme des citoyens à part entière.
Lu sur le Nouvelobs.com (extrait) :
Henri Caillavet, ancien député et sénateur du Lot-et Garonne (1946-1983), restera à jamais dans l'histoire française de la dépénalisation de l'homophobie et de la transphobie. Il est décédé ce
mercredi à l'âge de 99 ans.
Henri Caillavet est sénateur (MRG) lorsqu'en 1981, il défend une proposition de loi au parlement. Son objet ? La lutte contre la discrimination "fondée sur l'homosexualité masculine et féminine"
et sur "la transsexualité". Dans l'exposé des motifs, le sénateur souligne (dans la terminologie de l'époque) que : "la douleur qui étreint les transsexuels est plus vive encore et le rejet
de la vie active plus sévère également. C'est l'état civil "faussé", le prénom "déguisé", le premier chiffre fatidique de l'identification nationale qui font du transsexuel un citoyen
traqué".
Puis, dans une seconde proposition de loi d'avril 1982, le sénateur Caillavet proposera que l'état civil des personnes "transsexuelles" soient mis en concordance avec leur apparence
[...].
22 ans après, rien n'a réellement changé. En juillet 2012, le motif de discrimination à l'encontre de "l'identité sexuelle" est retenu. Le mot transphobie, lui, n'apparaît pas. Pourtant, il n'est
pas aisé de vivre une transidentité. Non pas qu'être trans soit une pathologie, mais plutôt que l'ensemble des épreuves sociales et politiques que rencontrent les personnes trans aujourd'hui les
empêchent d'avoir une vie vivable. (lire la suite)
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Extrait du communiqué de la Libre Pensée :
Henri Caillavet, homme politique, résistant, élu parlementaire, était un combattant de la liberté, militait, parallèlement à la Libre Pensée pour combattre les soumissions et les dogmes, et pour
le respect de l’intégrité humaine en toutes circonstances. [...] Avec le droit des femmes à disposer de leur corps, son action à la CNIL et sa présidence à l’Association pour le Droit de Mourir
dans la Dignité, il aura marqué l’évolution libertaire de la République. Animé d’une passion fraternelle, il n’imposait jamais sa thèse, mais acceptait le débat et la controverse, il refusait la
soumission, y compris parfois des contraintes politiques. [...]
Communiqué de l'Inter-LGBT :
En plein débat parlementaire sur le projet de loi visant à ouvrir le mariage et l'adoption pour les couples de même sexe, le Premier Ministre contredit la Ministre de la famille, Dominique
Bertinotti, et se contredit lui-même. Depuis le 3 janvier il a en effet annoncé une loi famille pour une présentation en Conseil des ministres le 27 mars. Une loi “famille” incluant l’ouverture
de la Procréation Medicalement Assistée aux couples de femmes, et un vote avant fin 2013. Depuis le Cambodge il annonce, en contradiction avec ce que vient de dire Dominique Bertinotti au sein de
l'hémicycle, que la loi famille et la PMA dépendaient de l'avis du CCNE (Comité Consultatif National d'Ethique) qui n'était pas en mesure de rendre ses conclusions avant plusieurs mois.
La date du 27 mars , confirmée jusqu'à aujourd'hui à de multiples reprises par plusieurs ministres dont Mr Alain Vidalies, Ministre des relations avec le parlement, serait donc caduque.
L'Inter-LGBT tient à rappeler que l'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes est un engagement de campagne de François Hollande et du Parti Socialiste. La majorité des couples de lesbiennes
fondent une famille en réalisant une PMA dans l’un des 11 pays européens qui leur en permet l’accès. L'Inter-LGBT a pris acte de la volonté du gouvernement de ne pas intégrer la PMA au projet de
loi "mariage pour tous" même si elle continue de déplorer le long retard pris par rapport à un engagement clair de la campagne présidentielle.
Cette déclaration du Premier Ministre sonne comme une énième reculade.
L'Inter-LGBT rappelle avec insistance que l'accès à la PMA pour les couples de femmes n'est pas une disposition relevant des lois de bioéthique comme l'a très justement fait remarquer Erwann
Binet à plusieurs reprises au sein de l'hémicycle ces derniers jours. En quoi serait-il moins “éthique” qu’une femme donne naissance à un enfant par le biais d’un don de sperme – dès lors qu’elle
est en couple avec une femme plutôt qu’avec un homme ? Sauf à considérer qu’un couple lesbien est moins apte à fonder une famille qu’un couple hétérosexuel ? Comment Mr le Premier Ministre
pourra-t’il s’enorgueillir d’une mesure d’égalité qui continuera à discriminer les homosexuelles – et les empêcher d’accéder à la parentalité tandis que leurs familles seront reconnues par la loi
?
Cette déclaration tombe au plus mal et ajoute de la confusion, en plein débat parlementaire et une semaine après la grande manifestation nationale pour l'égalité - l'égalité complète dont l'accès
à la PMA pour les femmes était un des principaux mots d'ordres.
L’Inter-LGBT attend des clarifications et des explications de la part du Premier Ministre et demande à être reçue dans les plus brefs délais pour évoquer ce sujet.
Communiqué de la Fédération LDH du 92 :
La fédération de la ligue des Droits de l’Homme des Hauts-de-Seine (LDH92) condamne les violences dirigées contre trois locaux du Parti socialiste situés dans des communes des Hauts-de-Seine, qui
ont fait l’objet de jets de pierre dans la nuit de dimanche dernier.
Outre les vitrines brisées, des tags et des auto-collants portant des slogans hostiles au projet de mariage pour tous ont été retrouvés sur place selon les responsables des sections. Plus encore, la LDH 92 condamne fermement les propos clairement homophobes tagués sur les murs par les vandales et déplore que les responsables de ces dégradations n’aient d’autres arguments à opposer au projet de mariage pour tous.
Didier Godard, ancien secrétaire de la section de Montrouge de la Ligue des droits de l'Homme, habite aujourd'hui en Bourgogne. Il est l'auteur de cinq ouvrages de référence sur l'histoire de l'homosexualité (il avait d'ailleurs tenu, à l'invitation de la section de la LDH, une conférence en 2005 sur ce sujet à Malakoff).
Didier Godard a interpellé récemment son député Alain Suguenot au sujet du mariage pour tous. Il vient de lui adresser une lettre-ouverte que nous reproduisons, afin de nourrir le débat sur la
question.
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Monsieur le Député,
J'ai déjà eu l'occasion de vous interroger sur votre position concernant le mariage des personnes de même sexe.
Vous m'avez répondu que vous y étiez hostile en raison de vos croyances religieuses.
Vous n'avez pas précisé quelle était votre religion, mais la réponse aurait été la même de la part d'un prêtre catholique ou d'un ayatollah iranien.
Le problème est que vous n'êtes ni prêtre, ni ayatollah, mais député d'une république laïque séparée de l'Eglise depuis plus de cent ans.
Vous êtes un homme de culture. A ce titre, vous ne pouvez prétendre ignorer la responsabilité écrasante de votre religion dans l'homophobie occidentale.
Les chrétiens dont vous êtes ont envoyé les homosexuels au bûcher pendant des siècles. Ils regrettent apparemment ce bon vieux temps et n'ont jamais exprimé la moindre repentance à ce sujet. Ils
n'ont jamais élevé la voix contre la persécution des homosexuels par les totalitarismes fascistes et communistes du XXe sècle. On peut trouver, en cherchant bien, un ou deux évêques qui ont
protesté contre le sort infligé aux juifs. Aucun, je dis bien aucun "responsable" chrétien, n'a jamais protesté conte la persécution des homosexuels. Au contraire, tout le discours de votre
église sur l'homosexualité, et notamment celui du pape actuel et de son prédécesseur, a donné et donne encore, dans la mesure où il conserve une ombre d'influence, une apparence de justification
à toutes les discriminations et à tous les crimes homophobes. S'il n'avait tenu qu'à vos pareils, je serais aujourd'hui livré aux sbires de ces bons chrétiens, partageant vos absurdes croyances
religieuses, selon lesquelles la Terre était plate et le soleil tournait autour d'elle, qu'étaient Francisco Franco et Augusto Pinochet, qui pratiquaient la torture, autorisée par la papauté en
Occident depui le XIIIe siècle.
Le christianisme dont vous vous revendiquez se présentait comme une religion d'amour. Il a été dans les faits une religion de haine et de persécution, dont les cathares, les protestants, les
juifs, les sodomites, sans parler des femmes qui selon les "convictions religieuses" de vos pareils n'étaient pas censées avoir une âme, ont fait les frais. Quand vous prônez la
perpétuation des discriminations anti-homosexuelles, vous êtes pleinement solidaire de ce passé d'intolérance satsfaite d'elle-même, qui n'a rien à envier à celle des islamistes d'aujourd'hui,
car elle est fondamentalement de la même obscurantiste nature, totalement opposée à toutes les valeurs des Lumières, des droits de l'homme et de la République dont vous êtes un élu.
Dans une société française qui se voulait égalitaire, les homosexuels ont été, aux XIXe et XXe siècles, les derniers intouchables et les derniers parias.
La droite française de Pétain et de de Gaulle, sur ce point réconciliés, puisque de Gaulle, quand il a abrogé les lois de Pétain à la libération, a laissé subsister les dispositions homophobes
introduites par Vichy dans le code pénal, a fait ce qu'elle a pu pour qu'ils le restent.
Les avancées, sous Mitterrand, sous Jospin, sous Hollande, ont toujours été le fait de la gauche.
Sur ce sujet la droite française, depuis Vichy, n'a rien appris et rien oublié.
Vous tenez, Monsieur le Député, à ce qu'en France les homosexuels restent des sous-hommes.
Vos enfants, vos petits-enfants, votre postérité, quand l'histoire aura depuis longtemps tranché, comme elle l'a fait pour les juifs et pour les protestants, garderont de vous ce peu
glorieux souvenir.
Mais si vous réussissez, demain, à empêcher le mariage gay, alors les homosexuels français seront fondés à envisager un exil sexuel vers la Hollande, l'Espagne, la Belgique, etc, plus honorable
que l'exil fiscal du sieur Depardieu, comparable en fait à l'exil religieux des protestants sous Louis XIV, car votre obstination à refuser l'égalité aux homosexuels, paraîtra demain aussi
grotesque et odieuse que l'obstination de vos semblables catholiques à persécuter les protestants au XVIIe siècle.
Veuillez agréer, Monsieur le Député, mes salutations républicaines.
Didier Godard
Extrait de communiqué de la Libre pensée :
La Libre Pensée rappelle qu'elle est pour que tous ceux qui souhaitent s’unir civilement - quel que soit leur sexe - puissent le faire librement. En matière d’adoption, de Procréation Médicale Assistée : tous les couples doivent être égaux.
Il ne saurait être question de nier une évidence scientifique : un enfant se conçoit à partir d’un élément « mâle » et d’un élément « femelle ».
Mais l’Eglise catholique, et à sa suite, toutes les religions monothéistes, commettent un abus de droit en indiquant que cela induit qu’il doit y avoir obligatoirement un « père » et une « mère » pour former une famille. On ne peut déduire que le fait de nourrir, élever, instruire, éduquer un enfant, et le conduire à son émancipation, impose qu’on le réduise à la conception biologique de sa naissance.
C’est pourquoi la Libre Pensée se prononce favorablement pour la Gestation pour autrui pour tous les couples, quelle que soit leur composition, qui n’ont pas d’autres moyens pour avoir des enfants, dans les mêmes règles que celles pratiquées pour le don du sang et des organes. : aucune mercantilisation du corps et de ses éléments.
La Libre Pensée rappelle à l’Eglise catholique que la forme des familles n’a cessé d’évoluer au cours des siècles. Ce qui était vrai hier, ne l’est plus aujourd’hui. Il suffit de lire « Le Chevalier, la Femme et le Prêtre » de Georges Duby pour s’apercevoir que la forme, revendiquée aujourd’hui par l’Eglise, du couple et du mariage s’est imposée autour de l’an mille, à la demande des seigneurs féodaux, pour fixer le cheptel des serfs.
Communiqué de la LDH :
La Ligue des droits de l’Homme appelle à participer aux manifestations et rassemblements qui, partout en France, s’engageront les 19 et 27 janvier 2013 pour l’égalité des droits et la reconnaissance du « mariage pour tous ». Au-delà du soutien à une revendication pour l’égalité, il s’agit de porter un coup d’arrêt à la convergence des partisans de l’ordre moral et d’opposants politiques en mal de revanche.
Depuis des mois, la plus grande partie de la droite, de l’extrême droite et un certain nombre de représentants des cultes, alliés aux intégrismes religieux les plus anti républicains, multiplient mensonges, menaces et discours apocalyptiques à propos du mariage pour tous, avec la prétention d’ériger leurs croyances en loi. Or, si les cultes ont parfaitement le droit d’avoir des vues particulières sur le mariage, la famille, la sexualité, il ne leur est pas loisible de corseter la liberté de conscience et de multiplier les discours de discriminations.
Pourtant, les amalgames haineux entre homosexualité, polygamie, pédophilie, les mises en garde contre la fin de l’humanité participent d’un indéniable fond homophobe. Arc-boutés sur une supposée loi naturelle, leurs auteurs se sont successivement opposés au divorce, à la contraception, puis à l’interruption de grossesse, enfin au Pacs… en agitant les mêmes arguments, les mêmes menaces. Il faut opposer un large front du refus à cette agitation de la haine et de la peur, sauf à renoncer à toute réforme, à tout engagement contre les discriminations, à tout projet de justice et de liberté.
Les évolutions de la société française montrent que la réalité est celle de la diversité de la composition des familles qui, depuis des décennies, ne repose plus sur un modèle unique. La reconnaissance juridique des couples de même sexe ne vient que confirmer un état de fait, et un principe d’égalité. Le mariage pour tous permet à celles et ceux qui le désirent, d’offrir la possibilité d’un statut juridique à des dizaines de milliers de couples et autant d’enfants vivant déjà au sein de telles familles. Les inquiétudes sur l’adoption sont infondées, car l’évolution législative proposée ne change pas les règles applicables en France en la matière. Elles resteront régies par la convention de La Haye, ratifiée par la France en 1998, qui prévoit que toute adoption est prononcée par un juge qui vérifie toutes les garanties nécessaires à la protection des droits de l’enfant. De plus, rappelons qu’elle est autorisée aux personnes célibataires, et que l’adoption ne peut être entravée en raison de l’orientation sexuelle du ou des demandeurs, qui reste indépendante du projet parental.
Rappelons enfin que vingt-deux pays disposent déjà d’une législation posant le mariage et l’adoption sans discrimination, comme l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Canada, neuf Etats américains, mais aussi en Europe : les Pays-Bas, la Belgique, la Norvège, la Suède ou le Portugal et l’Espagne. Dans chacun d’entre eux, la lutte contre l’homophobie, contre les discriminations, pour l’égalité entre les sexes, a progressé. Ni la « famille » ni la « protection des enfants » n’y sont mises en péril. La France ne sera donc pas pionnière sur le sujet, mais elle confirmera ainsi son attachement à une République laïque, fondée sur les principes de liberté et d’égalité.
La Ligue des droits de l’Homme appelle les citoyennes et citoyens à se mobiliser pour faire échec aux campagnes de haines, de peurs et d’exclusions, à soutenir le projet de mariage pour tous, et à faire entendre leur volonté de voir le progrès se poursuivre, dans le respect des lois et des valeurs de la République.
Tribune parue dans Le Monde du 15/01/2013 :
Dans un pays où nul ne s'avoue homophobe (ou presque), a-t-on le droit de s'interroger sur l'homophobie de l'Eglise catholique sans se voir taxé aussitôt d'une intolérance moyenâgeuse ? Le
problème n'est pas tant que, malgré un ciel défavorable, elle mobilise avec la droite et l'extrême droite contre le " mariage pour tous ". Après tout, au sein même du Parti socialiste, les "
Poissons roses ", appelant à la manifestation du 13 janvier, l'ont jugée " égalitaire " et " radicalement anti-homophobe " ! D'ailleurs, les intégristes de Civitas s'emploient à blanchir les
autres opposants au projet de loi, auxquels ils reprochent leurs slogans... anti-homophobes.
La kitschissime Frigide Barjot est en effet assortie, non seulement de Laurence Tcheng, repentie supposée du hollandisme à la tête d'un groupe Facebook (" La gauche pour le mariage républicain
"), mais aussi du président d'une association ad hoc : " Plus gay sans mariage ". S'affirmant homosexuel, Xavier Bongibault récuse toute contradiction. Mieux, il renverse l'accusation : " Ceux
qui pensent ça sont eux-mêmes homophobes ", avant de conclure : " Dire que les homosexuels devraient être pour le mariage homosexuel parce qu'ils sont homosexuels est une idéologie dans la droite
ligne de celle d'Hitler " - une " reductio ad hitlerum " qui n'épargne pas François Hollande.
L'homophobie aurait donc changé de camp - sinon l'homosexualité elle-même. De fait, après l'ange androgyne en Lycra, qui à l'automne déployait ses ailes entre des " papas " et des " mamans "
d'Alliance Vita, et depuis que la " manif pour tous " impose un code vestimentaire (" carrés Hermès et serre-tête prohibés "), voire un déguisement (" troquer le tweed contre le cuir "), on en
vient à se demander si, comme les chansons d'Abba, le travestissement n'aurait pas abandonné la Marche des fiertés pour les kermesses en rose contre l'égalité des droits...
Ainsi, depuis les tee-shirts " Touche pas à mon pape ", s'interroger sur l'homophobie de l'institution catholique serait faire preuve d'intolérance et de ringardise. Les saillies du cardinal
Barbarin, primat des Gaules, mériteraient l'indulgence : " Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l'interdiction de l'inceste tombera. " Et le
porte-parole du Vatican, Federico Lombardi, ferait juste preuve d'ironie : " Pourquoi ne pas envisager aussi une polygamie librement choisie " ?
Bref, ces maladresses n'auraient aucun sens - même si le cardinal Bertone, numéro deux du Vatican, allait en 2010 jusqu'à attribuer l'épidémie de pédophilie révélée dans l'Eglise... à
l'homosexualité. Et si, au contraire, ces " dérapages " disaient la vérité ultime de l'homophobie institutionnelle, comme de la xénophobie d'Etat lors du " grand débat " sur l'identité nationale
? L'homophobie n'est pas tant une affaire d'individus que d'institution. Le problème, c'est moins tel ou tel que l'Eglise elle-même.
Il suffit de relire son catéchisme. " S'appuyant sur la Sainte Ecriture, qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que "les actes d'homosexualité sont
intrinsèquement désordonnés". Ils sont contraires à la loi naturelle. " Bref, " ils ne sauraient recevoir d'approbation en aucun cas ". C'est pourquoi " les personnes homosexuelles sont appelées
à la chasteté ". Le catéchisme distingue donc les " actes " des " tendances homosexuelles foncières " : ces hommes et femmes " doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse ",
car pareille " propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart une épreuve ".
Peut-on en conclure que l'Eglise catholique ferait montre d'homophobie envers les actes seulement, mais de charité à l'égard des personnes ? Hélas, leur abstinence ne suffit pas à absoudre les
homosexuels. Certes, " on évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste ". Est-il donc des discriminations justes ? De fait, les évêques français se sont opposés à la pénalisation
de l'homophobie. Quant au Vatican, il revendique ouvertement, dans une instruction de 2005, d'écarter les homosexuels du sacerdoce.
Or les actes - également défendus aux prêtres hétérosexuels - ne sont pas seuls visés, mais aussi les " tendances " : " L'Eglise, tout en respectant profondément les personnes concernées, ne peut
pas admettre au séminaire et aux ordres sacrés ceux qui pratiquent l'homosexualité ", ni bien sûr ceux qui " soutiennent ce qu'on appelle la culture gay ", mais surtout ceux qui " présentent des
tendances homosexuelles profondément enracinées ". Et de protester à nouveau contre toute " discrimination injuste ", au moment d'exclure des personnes pour ce qu'elles sont, et non pour ce
qu'elles font. On n'imaginerait pas de refuser l'ordination à un juif converti ; en revanche, pour les homosexuels, respecter l'injonction de chasteté ne change rien.
Ainsi, l'Eglise catholique est aujourd'hui, en tout cas en France, le seul employeur qui affiche fièrement une discrimination homophobe à l'embauche - au mépris du droit. Pire : l'Etat ne se
contente pas de fermer les yeux ; il s'en fait le complice en terre concordataire, puisque les prêtres sont rétribués par l'argent public en Alsace-Moselle. Dira-t-on que la liberté religieuse
échappe à la loi commune ? Mais qu'est-ce qui empêcherait alors une religion blanche de bannir les Noirs ou les Arabes ? Surtout, en quoi cette Eglise décomplexée est-elle en surplomb de la
société, et donc en dehors du droit, dès lors qu'elle s'engage, à la messe et dans la rue, dans le combat politique ? N'est-elle pas aujourd'hui un lobby comme les autres ?
L'Eglise catholique est-elle homophobe ? Ce sera aux tribunaux d'en juger, dès qu'un séminariste alsacien ou mosellan, écarté de la carrière ecclésiastique, aura porté plainte contre une telle
discrimination dans l'emploi. Ce pourrait être l'occasion de contester une autre exclusion, tellement familière que la justice oublie de s'en soucier : les femmes sont interdites de sacerdoce.
Peut-être le Vatican aura-t-il intérêt à moins se mêler de politique, s'il ne veut pas qu'en retour l'Etat se mêle davantage de ses affaires. Il faut rendre à César...
Eric Fassin
Sociologue, université Paris-VIII , auteur de " Démocratie précaire. Chroniques de la déraison d'Etat " (Ed. La Découverte, 2012).