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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 00:43

Le 8 février 1962, au moment de la dispersion d’une manifestation pacifique de protestation contre une série d’attentats de l’OAS à Paris, une violente charge de policiers provoque la panique. Bilan : huit morts (plus un qui décédera des suites de ses blessures), des dizaines de blessés, dont certains très grièvement...

Aucun responsable du massacre de Charonne n’a été jugé, aucune sanction n’a été prononcée... Pas de coupable ! Il est vrai que la tolérance dont bénéficient les violences policières fait partie du patrimoine culturel de notre pays.

 

 

 

Ci-après le témoignage de Jean Clavel sur cet événement paru sur le site CVJC :

 

"J’étais en retard le 8 février 1962 pour participer à la manifestation. Avec un camarade de Malakoff, nous descendions en courant le boulevard Voltaire, pour essayer de rejoindre le cortège.

Un moment nous aperçûmes 150 ou 200 mètres devant nous, la masse sombre et compacte des uniformes des "brigades spéciales" et qui barraient toute la chaussée . Les trottoirs semblaient infranchissables. Nous descendîmes alors dans le métro pour essayer de passer par en dessous, afin de rejoindre la manifestation qui, selon nous, devait se trouver devant.

Je ne me souviens plus à quelle station nous sommes descendus. S’agissait-il de Boulet-Montreuil, Charonne ou Voltaire ? Toujours est-il qu’en arrivant sur le quai, c’est une scène d’horreur qui nous attendait.

De nombreux blessés étaient allongés sur les banquettes. Je revois particulièrement deux personnes maintenant : une femme assise sur la banquette tirant la langue de l’autre personne hors de la bouche. De la rame suivante descendaient d’autres blessés. A l’autre bout du quai des policiers chargeaient un corps sur une civière.

Instruit par l‘expérience du 17 octobre 1961 et la disparition des cadavres, il fallait intervenir !

Je rattrapais les cinq ou six policiers au bout du quai, au moment où ils s’engageaient dans un couloir, et leur intimais l’ordre de s’arrêter.

Ma détermination était-elle à ce point convaincante ? Étaient-ils eux-mêmes choqués par ce qu’ils voyaient ? Toujours est-il qu’ils s’exécutèrent.

Me penchant alors sur le corps qui ne donnait plus signe de vie, je décidais de relever son identité. De la poche intérieur de son vêtement, je sortis son portefeuille pour consulter ses papiers. Parmi ceux-ci une carte de "correspondant de l’Humanité", je comparais le nom avec celui de sa carte d’identité, il s’agissait de Jean-Pierre Bernard.

Je remis les papiers dans son portefeuille et le portefeuille dans sa poche, tout en conservant la carte de "correspondant de l’Humanité" et laissais les agents de police partir.

Ensuite, toujours accompagné de mon camarade de Malakoff, nous nous rendîmes dans les locaux de l’Humanité pour informer les camarades.

Il y avait beaucoup d’animation dans les locaux du journal. D’autres camarades arrivaient de la manifestation, parmi eux Léo Figuères, la tête enveloppée d’un bandage.

J’informais les camarades de la gravité des faits, que des camarades avaient été tués. J’eus l’impression qu’on avait du mal à me croire, et on me conseilla de me calmer, car je devais être particulièrement excité.

Après avoir remis la carte de correspondant de Jean-Pierre BERNARD, je confirmais ce que j’avais vu : des policiers emmener son corps. Je laissais mes coordonnées à toutes fins utiles.

Les jours suivants les noms des victimes étaient dans les journaux.

Jean Clavel

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Published by Section LDH de Bagneux-Malakoff-Montrouge - dans Histoire
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