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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 19:23

Lu dans le n°20 du bulletin "Droits de l'Homme" de janvier 2011, le témoignage de Patricia L. de Bagneux:

violence-femmes.jpg
«Je ressens le besoin de vous exprimer ce que j’ai vécu et je souhaite que mon témoignage fasse réagir ces femmes qui souffrent et se croient enfermées dans leur souffrance.
J’ai connu le père de ma fille, un homme charmant, charmeur au début de la relation. Trois ans après notre rencontre, nous avons eu une fille. Lorsque j’étais enceinte, il était présent, comme au début de la relation. Quand notre fille est née, il était de plus en plus absent, il me disait avoir beaucoup de travail, il faisait beaucoup d’heures mais n’avait jamais de récupérations à la maison. En fait, il avait une double vie avec son ex-femme et ses maîtresses. Je n’avais que du ressenti mais pas de preuves. La tristesse a commencé à s’installer en moi, mais, je ne m’autorisais pas à pleurer, à parler à des collègues, des amis, encore moins à la famille. J’avais ma fille à élever, je travaillais, j’avais besoin de plusieurs nourrices pour continuer à travailler. Je travaillais la journée mais parfois la nuit, les week-end et jours fériés. Il était peu présent à la maison et j’étais obligée de m’organiser comme une femme seule avec un enfant à charge.
J’ai essayé d’installer un dialogue en lui disant que je ne souhaitais pas continuer notre relation dans ces conditions. Il s’est mis à crier. Par la suite, chaque fois que j’exprimais mon mal-être, il criait et me bousculait. Au cours d’une conversation, je lui ai demandé de faire un choix entre son ex, ses maîtresses et sa fille et moi. Il n’a pas su faire le choix. Je lui ai demandé de quitter l’appartement. Je lui ai demandé de garder notre enfant, le week-end suivant, j’avais besoin de souffler un peu, de parler de ma situation avec des amis. Cela l’a rendu fou. Il m’a donné une gifle, m’a cassé le nez. En fait, lui avait tous les droits et il parlait de son honneur. Un jour, je me suis couchée tôt, parce que j’étais trop fatiguée ; il n’a pas supporté, il m’a réveillée en me donnant des coups de pied. Je n’ai pas porté plainte.
Par la suite, je suis partie, j’ai changé de ville, de métier. Mais, entre temps, j’ai subi, les insultes, les crachats, les coups. Je pense que mes voisins de l’appartement du dessus entendaient crier mais personne ne m’a jamais porté secours. Je suis allée travailler après avoir passé des nuits blanches à me laisser insulter et frapper. Une nuit, j’ai même cru que c’était la dernière heure de ma vie. Le matin, arrivée au travail, j’étais pâle avec des marques de coups sous le nez, les cervicales et les épaules douloureuses. Mon chef de service et mon collègue ont vu mon visage. Personne ne m’a emmenée au commissariat ou aux urgences.
Aujourd’hui, il existe des associations, des numéros de téléphone à appeler, il faut téléphoner, il faut se déplacer. De plus, ces associations sont connues, il y a davantage d’information qu’il y a 10 ans. Il faut oser aller aux urgences, aller porter plainte. Il faut se libérer par la parole, il faut demander que votre bourreau soit soigné. Mon bourreau ne s’exprimait qu’avec des coups de poing ou de pied. Il vous amène dans sa famille, il ne souhaite jamais rencontrer votre famille. Il fréquente ses amis, ne veut pas rencontrer vos amis. A l’extérieur de la maison,  il est toujours charmant et charmeur. Il s’entoure de personnes respectables et respectées. Vous êtes isolée de plus en plus. Ne restez pas dans cette situation. Ne comptez pas sur vos voisins pour faire un signalement ni sur votre patron ou vos collègues. Votre entourage a peur des ennuis. C’est à vous d’aller vers des associations, la parole libère.
Il faut sortir de cet enfer avant d’être détruite physiquement mais aussi psychologiquement et, faites le pour vos enfants qui ne dorment pas la nuit à cause des éclats de voix et parce qu’ils ont peur des coups qui pleuvent sur leur maman. Les enfants culpabilisent de ne pas avoir porté secours. Ils grandissent avec de la violence en eux et un mal-être qui peut aller jusqu’au suicide. Je suis maman d’une jolie jeune fille de 21 ans qui, à l’adolescence, a été suivie par des professionnels de santé pour comprendre et évacuer son mal-être. Vous qui avez des garçons, soyez attentives à l’éducation que vous donnez à votre fils. Ne l’élevez pas comme un enfant roi. Ne lui donnez pas toute puissance. Il doit vous respecter, respecter ses soeurs et de ce fait, il respectera sa femme. Donnez lui de l’amour afin qu’il sache à son tour donner et recevoir cet amour qui est essentiel dans le couple. Mais, il n’est pas «le maître»,  la toute puissance. Votre fils sera le reflet de l’éducation que vous lui avez donnée. Apprenez à vos filles à se faire respecter, donner leur confiance en elles. Donnez leur également beaucoup d’amour. Cet amour et cette confiance leur permettra plus tard de ne jamais recevoir la première gifle.
Le fait de parler sur l’instant permet de mieux vivre le présent mais également l’avenir, le corps n’oublie pas mais cela évite toute culpabilité par rapport aux enfants. Il faut partir le plus tôt possible car les enfants souffrent. La culpabilité vient du fait qu’ils ont du mal à se construire et la femme violentée regrette de ne pas être partie plus tôt. »


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Bon à savoir :


- Adavip 92 (Association d’aide aux victimes d’infractions pénales) tient des permanences juridiques et/ou psychologiques du lundi au vendredi à Bagneux à la Maison de la Justice et du Droit (8 bis, rue de la Sarrazine) sur rendez-vous (Tél : 01 46 64 14 14). L’Adavip aide dans ses démarches, toutes les femmes victimes de violence (agressions, violences sexuelles, menaces, vol, cambriolage, escroquerie, accidents du travail...).


- Afed 92 (Accueil des femmes en difficulté)  écoute, informe, oriente et héberge toutes les femmes rencontrant des difficultés - Tél : 01 47 78 81 75 - afed@wanadoo.fr  


- «L’accès aux droits des femmes étrangères» : c’est pour  vous aider en France dans vos démarches que la Ligue des droits de l’Homme a écrit ce guide... Etre femme, être étrangère constitue deux raisons, aujourd’hui encore,  d’être plus particulièrement exposée aux inégalités et aux discriminations. Guide disponible gratuitement en plusieurs langues. Possibilité également de le télécharger  : www.ldh-france.org/L-acces-aux-droits-des-femmes  


A noter, concernant le droit des femmes, qu’un Collectif des associations des femmes de Bagneux a été créé en début d’année 2010. Il regroupe une dizaine d’associations oeuvrant à l’égalité homme-femme et se veut force de propositions sur le sujet auprès de la municipalité.

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Published by Section LDH de Bagneux-Malakoff-Montrouge - dans Droits des femmes
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