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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 07:49

Lu dans l'Humanité :

Raymond Federman est mort à l’âge de 81 ans. L’auteur de Carcasses, celui qui écrivait « pour nous divertir un peu imaginons-nous morts », va pouvoir vérifier la justesse de ses prophéties. Il est mort mardi à San Diego, et a été incinéré. Né à Montrouge en 1928, il échappe à une rafle en 1942. À la Libération, il émigre aux États-Unis, devient ouvrier à Detroit, puis musicien, professeur d’université et écrivain. Il produira ainsi la première thèse anglophone sur Beckett, qui deviendra son ami. Il évoquera ces années dans la Fourrure de ma tante Rachel, Amer Eldorado 2/001 et Quitte ou double. Mêlant des recherches formelles structurales au matériau autobiographique, il avait créé le concept de « surfiction ». Sa reconnaissance en France fut tardive mais la quasi-totalité de son oeuvre, transposée en français par lui-même, est désormais disponible. 

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A lire également dans le NouvelObs, un extrait des carcasses publié en septembre 2009.

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Retour sur "Chut" de Raymond Federman, paru aux Editions Léo Scheer, en 2008 :


Juillet 1942, rafle du Vél d’Hiv’. On frappe à la porte de la famille Federman, rue Louis Rolland, à Montrouge, pour déporter Marguerite Federman, Simon Federman, Sarah Federman, Jacqueline Federman, Raymond Federman. Mais la mère dit aux policiers : « il n’est pas là, il est à la campagne ». Elle a eu le réflexe de le cacher dans le cabinet de débarras en les entendant monter les escaliers et lui glissant « chut » en guise de parole d’adieu. Raymond, plongé dans le noir et la peur, voit donc sa famille disparaître brutalement, se noyer dans la grande Histoire tandis qu’il a toute une vie, une vie de miraculée, pour se demander pourquoi sa mère l’a sauvé, lui, et pas ses sœurs, et ce que signifiait ce laconique « chut ».

Raymond Federman tente de faire revivre sa famille en racontant une enfance que sa mémoire a longtemps occultée. Par bribes de souvenir et reconstruction par l’imaginaire d’épisodes oubliés à jamais, il célèbre la mémoire des gens qu’il a aimé avec des mots simples, sans sentimentalisme ni ostentation. Il retrouve la vision naïve d’un enfant qui vit des anecdotes tantôt cruelles, tantôt cocasses, dans une famille modeste que la guerre va bientôt anéantir. Comme dans les autre romans de Federman, il s’agit également de « surfiction ». D’un roman qui interroge le roman. Le narrateur est donc doublé d’une seconde voix qui l’interpelle sans cesse quand il trouve qu’on sombre dans le naturalisme mièvre ou le misérabilisme. C’est la tension entre ces deux narrateurs – le même, dédoublé – qui fait toute l’originalité de ce roman. C’est à la fois un témoignage précieux sur la guerre et un roman qui ne cesse d’interroger lui-même sa progression, qui joue des digressions et des effets d’attente avec le lecteur, en rappelant que tout ceci n’est que littérature – et pas la retranscription fidèle de souvenirs qui se sont effacés pour la plupart après ce traumatisme.


Entretien avec Raymond Federman sur CHUT


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Article paru dans Le Monde du 13/10/09 :
 
Je serai quand même bientôt tout à fait mort enfin." Cette "phrase fabuleuse", Raymond Federman la relisait souvent ces derniers temps, pour moquer la mort qui l'a rattrapé le 6 octobre à San Diego (Californie). Elle est extraite de Malone meurt, de son ami Samuel Beckett (1906-1989), auquel il consacra un ouvrage : Le Livre de Sam.
Né en 1928 à Paris, d'une mère qui faisait des ménages et d'un père coureur de jupons qui se disait artiste peintre, Raymond Federman a passé son enfance à Montrouge (Hauts-de-Seine) avec ses deux soeurs. Le 16 juillet 1942, sa famille est embarquée pour un voyage sans retour.
Et c'est sur ce qu'il nommait - préférant l'humour à l'horreur - cette "énormité impardonnable" qu'il n'a cessé d'écrire. Lui avait juste eu le temps de se cacher dans un placard, comme il le racontera dans La Voix dans le débarras, puis dans Chut, dans lequel il tentait de reconstruire son enfance. Une enfance forcément pleine de trous - car il ne se rappelait pas de tout, mais aussi parce que, à force de faire des digressions digressives, il en oubliait des choses. Alors, il dressait des listes, promettant - en vain - de raconter tel événement plus tard.
Bref, il "federmanisait" à plein. Car si sa vie était bien "un trou béant" qu'il tentait de remplir, de poèmes en récits, ce n'est pas tant l'histoire - "malheureusement pas si singulière que ça" - que le comment qui l'intéressait. Pour l'histoire, il faudrait tout lire, mais citons Retour au fumier, où il racontait - et notamment à sa délicieuse épouse, Erica, dont les parents eurent la bonne idée de quitter Vienne en 1938, deux jours avant la Nuit de cristal - comment il était parvenu à s'échapper vers une ferme de Lot-et-Garonne.
Revenu à Paris après la Libération (voir La Fourrure de ma tante Rachel), il embarque, en 1947, pour l'Amérique. Ce sera "the great american delusion" qu'il évoque dans Amer eldorado. Il travailla à la chaîne dans une usine d'automobiles à Detroit, avant de combattre en Corée. Il fut ensuite professeur de littérature comparée à l'université de Buffalo. Il écrivait, depuis sa retraite, dans sa maison de San Diego. Son dernier texte, Les Carcasses, vient de paraître aux éditions Léo Scheer.
C'est le jazz et le cinéma de Jean-Luc Godard qui, disait-il, lui avaient donné la liberté "d'improviser et de griffonner". Au passage, il mit en pratique la "Critifiction". Il fut l'instigateur, avec Ronald Sukenick, de ce procédé qui consiste à user, voire abuser, de commentaires pour expliciter ce que l'on est en train de faire. Manière de ne pas basculer dans le lyrisme décadent et de s'attaquer à l'imposture du réalisme qu'il fuyait comme son pire ennemi. Non, "l'écriture n'est pas la répétition vivante du vivant", aimait-il à répéter.
Parfois aussi, il invoquait Moinous, son autre lui-même, avec lequel il soliloquait pour égayer notre réalité où il n'aimait pas vivre en permanence : "C'est parce que je ne peux pas écrire sans parler à quelqu'un." C'était aussi un hommage à Beckett : "Quand j'écris, il est toujours sur mon épaule."
Et si Federman laissait parfois des blancs et des silences, c'était sans doute parce que "Sam" lui avait appris que c'est aussi dans le rien que se trouve la vérité : au fond des mots.
Emilie Grangeray
Bibliographie complète sur le blog : http://raymondfederman.blogspot.com
15 mai 1928 : Naissance à Paris.
2004 : "Quitte ou double".
2009 : "Les Carcasses".
6 octobre 2009 : Mort à San Diego (Californie).
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commentaires

web designer 24/01/2014 11:15

Raymond Federman was one of the famous French-American novelists who had done many contributions for lifting the standards of French and American literature. He died at the age of 81 due to age related health issues. Thanks for providing more details about him.

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